Jean-Marc Vayssouze-Faure : « Face aux crises, la République aura besoin de tous ses villages »

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Sénateur (PS) du Lot, ancien maire de Cahors, Jean-Marc Vayssouze-Faure préside l’Association des maires et élus du Lot ainsi que l’association des maires d’Occitanie qui regroupe les 13 associations départementales de notre région. Il vient aussi d’être élu vice-président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat. Il évoque l’état d’esprit des élus locaux dans un contexte fortement troublé.

Lors du récent congrès des maires et élus du Lot, à Figeac, vous avez rappelé le rôle essentiel des maires dans le monde actuel. Vous nourrissez quelques craintes ?

J’ai en effet rappelé que notre pays a plus que jamais besoin des élus locaux. À la suite du renouvellement de mars 2026, les maires ont pris leurs fonctions dans un monde sans répit. Dès les premières semaines de leur mandat, les élus ont subi de plein fouet les conséquences de l’urgence climatique, avec les incendies, la raréfaction de la ressource en eau, la nécessaire adaptation du bâti scolaire.

Ils ont rapidement pris conscience que leur action allait s’inscrire dans un contexte budgétaire inquiétant : une dette publique à 120 % du PIB, une forte hausse des taux d’intérêt, une explosion des prix de l’énergie et une croissance en berne. Le climat social du pays est explosif. À une plus large échelle, le contexte international, marqué par le retour de la guerre sur notre continent, par le retour des logiques impériales et par les ingérences étrangères, donne le vertige.

Tout cela m’amène à penser que notre vulnérabilité collective a atteint un niveau préoccupant. Et cela nourrit en effet des craintes également partagées par les élus locaux qui parviennent, malgré ce contexte, à se placer aux avant-postes, à montrer très rapidement dans le train de l’action et à mesurer les attentes exprimées par les habitantes et les habitants de leur commune.

Pour faire face aux crises, la République aura besoin de tous ses villages. Et dans chaque village de la région, il y a des femmes et des hommes qui s’apprêtent à apporter leur pierre à l’édifice républicain. Il y a des maires et des élus qui donnent déjà de leur temps et de leur énergie pour réparer les fissures de la maison commune.

L’élection présidentielle peut-elle permettre les clarifications nécessaires sur les compétences des collectivités ?

Pour le moment, la campagne prend des allures de surenchère : à qui proposera la mesure la plus agressive contre l’échelon local. Rien que sur les quinze derniers jours, un ancien ministre a proposé de supprimer la fonction publique territoriale, un maire a émis l’idée de supprimer les départements, une candidate à la fonction suprême a exprimé sa volonté de supprimer les intercommunalités et un institut de réflexion a préconisé de supprimer les régions et les élections municipales. Le festival de la démagogie est désormais ouvert, alors que les collectivités territoriales sont les entités qui fonctionnent le mieux aujourd’hui dans notre pays !

Au-delà de ces premières impressions, je souhaite en effet que l’élection présidentielle permette d’ouvrir le débat sur un nouvel acte de décentralisation, avec de nouveaux transferts de compétences, avec un principe de subsidiarité qui rime enfin avec réalité et avec un contrat de confiance renouvelé entre l’État et les collectivités. Nous constatons de plus en plus que l’échelon local se substitue à l’État pour faire face aux carences de son action. C’est notamment le cas en matière de santé.

Une clarification s’impose dans le sens où les transferts de compétences doivent être assumés et s’accompagner de moyens adaptés pour les communes, les départements et les régions.

Une autre grande réforme doit être engagée : celle de la lutte contre l’inflation normative et l’enchevêtrement de règles parfois contradictoires. Au mois de mai dernier, le nombre de normes en vigueur a atteint un triste record avec 367 000 articles et 49 millions de mots. Face aux crises et parce que nous devons désormais nous préparer à tout, nous aurons besoin de moins de régulation et de plus d’action. De moins de planification et de plus de concrétisation.

Le rôle d’un élu local, c’est d’être un meneur de projet, c’est d’être un transformateur de territoire, c’est d’être un artisan de la solution concrète, de la solution utile. Or, l’accumulation de normes, les procédures complexes et les formulaires à rallonge enferment les élus dans leur bureau. Nous devons lancer un nouvel appel à l’État : un appel à ouvrir les fenêtres et à changer d’air car, ici, sur le terrain, on étouffe !

Il faut arrêter le cycle infernal qui affaiblit les communes en entraine un recul de l’investissement local
Jean-Marc Vayssouze-Faure, Sénateur (PS) du Lot

La loi de finances 2027 est en cours d’examen au Parlement. Que pensez-vous du premier jet ?

Il est tout simplement inacceptable car il organise les conditions d’un affaiblissement durable de nos collectivités. Après dix ans de reniement, cette ultime ponction pourrait bien être, pour les élus locaux, l’extrême onction : un nouveau calvaire budgétaire clairement insupportable, avec un prélèvement imposé aux collectivités qui atteindra, au bas mot, 7 milliards d’euros. On ne peut pas reprocher aux collectivités de ne pas avoir pris part à l’effort de redressement des comptes publics. Cela fait dix ans que l’on se serre la ceinture et cela fait dix ans que la situation de la France empire, que le déficit s’aggrave et que l’échelon local pèse toujours de manière aussi infime dans la dette.

Cette captation des ressources des collectivités s’appuie sur un outil en apparence nouveau, la contribution progressive des collectivités à l’effort budgétaire, qui est en réalité le DILICO mais en pire, un DILICO renforcé, désormais non remboursable, pour une facture avoisinant les 2,5 milliards d’euros. Quant à la baisse du FCTVA de 2,1 milliards d’euros, elle est tout aussi inacceptable. Elle va non seulement faire payer aux collectivités une partie de la TVA sur leurs propres investissements, mais aussi contribuer au recul massif de l’investissement local, dans un contexte de croissance historiquement basse. Les départements, déjà en difficulté, et les régions, qui expriment des inquiétudes fortes sur l’enjeu de l’apprentissage, ne sont pas non plus épargnés.

Quand est-ce qu’on va arrêter ce cycle infernal dans lequel l’affaiblissement des communes entraîne un recul de l’investissement local, qui met nos entreprises en difficulté, qui pèse à son tour sur la croissance et qui prive finalement l’État des recettes dont il a besoin ? L’État est en train d’imposer aux élus locaux un esprit de renoncement : renoncement aux projets, renoncement à la modération fiscale, renoncement à l’envie d’agir, renoncement à l’avenir. Alors oui, nous allons devoir nous battre avec vigueur pour leur redonner les moyens d’agir !

Que vous inspire les récents événements autour des manifestations des lycéens puis des graves incidents survenus le 17 octobre ?

Je souhaite d’abord rappeler que le droit de manifester est un droit constitutionnel. Nos jeunes et notamment nos lycéens expriment des revendications fortes qu’il faut entendre. Je dissocie évidemment des graves événements survenus samedi. Notre démocratie a été mise à mal par les pilleurs, les casseurs qui s’en sont même pris à des bâtiments publics comme l’hôtel de ville de Limoges. Cela nous rend triste et en colère. Il faut une réponse ferme à ces actes intolérables. Pour prendre l’exemple de Cahors, la première manifestation avait été émaillée d’incidents et la réponse de la police nationale avait été circonstanciée. Le dialogue avait été productif et la manifestation de samedi dernier a été totalement exemplaire. C’est le chemin qu’il convient de suivre.