Face à la multiplication des incendies dans l’Aude et plus largement dans le sud de la France, le sénateur de l’Aude Sébastien Pla défend un changement d’échelle dans la prévention et la reconstruction : renforcement des moyens de secours, soutien aux élus et aux agriculteurs, adaptation des territoires au changement climatique, nouvelles politiques forestières. Témoignage.
Plusieurs départements, dont l’Aude, connaissent déjà des incendies majeurs en ce début d’été. Quel message souhaitez-vous adresser aux habitants sinistrés, aux sapeurs-pompiers et à tous les services de secours qui sont mobilisés sur le terrain ?
J’ai assez peu de mots pour décrire cette odeur de cendres qui flotte dans le département de l’Aude, cette étrange sensation d’un nouveau désastre qui menace, cette année encore, le sud de la France. Tant de tristesse, tant de larmes, tant de gratitude pour celles et ceux qui depuis des jours se battent face aux flammes, tant de colère qu’ils aient si peu pour agir face à ces feux qui se multiplient et se répandent vers les habitations et sur nos routes au gré des vents, se frayant des chemins dans la garrigue et se renforçant dans les reliefs escarpés.
Sapeur-pompiers, pilotes, hommes et femmes du rang des services de gendarmerie et de soins, élus locaux, association de protection civile, tous ont répondu présent pour veiller à la protection de nos concitoyens, des biens, comme des forêts. Grace à leur réactivité et à leur engagement sans faille, les incendies sont maîtrisés rapidement, limitant ainsi les dégâts. Cette présence sur le terrain dans des conditions souvent difficiles force le respect et mérite toute ma reconnaissance.
Je tiens à remercier également les agriculteurs qui n’ont pas hésité à venir en aide aux pompiers, ou encore, les habitantes et habitants qui font honneur à la solidarité.
Il ne faut pas non plus oublier les employés de mairie et ceux de la réserve communale et à leurs côtés, l’abnégation des Maires dans ces moments troublants, d’assistance et de secours auprès de nos concitoyens, et encore après la catastrophe, lors des demandes d’indemnisation, et enfin, de la reconstruction.
Car ici, dans l’Aude, la solidarité face à l’adversité n’est pas un vain mot.
La détresse s’exprime en effet dès le lendemain du désastre, alors que les élus locaux sont pleinement mobilisés, pour venir au secours des sinistrés, et, pallier aux besoins les plus urgents. J’estime d’ailleurs que ceux-ci sont bien seuls face à cette détresse. A l’instar de ce que nous avons déjà su mettre en œuvre au lendemain des inondations meurtrières de 2018, ils tireraient pourtant bénéfice d’un soutien pluripartite, composé d’experts et acteurs de la solidarité que pourrait leur apporter une cellule de soutien en mesure d’engager un dialogue avec le secteur assurantiel, et d’accélérer la mise en place des dispositifs d’aide et de secours d’urgence des sinistrés. Je le réclame de longue date.
En outre, il ne suffit pas de saluer, sous la rampe des projecteurs, l’abnégation et le courage de nos sapeurs-pompiers sur le terrain, sursollicités dans la durée lorsqu’ils doivent faire face à de tels incendies. Il est grand temps d’encourager et mieux reconnaître la mobilisation de toutes ces sentinelles et soldats du feu, en leur donnant des moyens qui leur permettent d’exécuter leurs tâches avec confiance et en leur témoignant de notre reconnaissance pour la réalité des difficultés de leur engagement, pas seulement lorsqu’ils sont au feu.
C’est le mandat que les maires des territoires en proie aux flammes m’ont confié et c’est le sens de l’intervention que j’ai effectuée, avec succès, en décembre dernier, en obtenant l’élargissement de la fraction de la taxe sur les conventions d’assurance (TSCA) affectée aux départements pour redonner aux Services départementaux d’incendie et de secours les marges de manœuvre indispensables au déploiement de leurs missions.
Mais cela reste insuffisant au regard de l’ampleur des défis à relever. Chacun doit en effet prendre la mesure de la situation à laquelle tous les départements méditerranéens sont aujourd’hui confrontés, j’ai cependant espoir que l’expérience des uns renforce la résilience de tous.
L’an dernier, vous dénonciez le manque de « sens du collectif » dans la prévention et la lutte contre les incendies. Les pouvoirs publics ont-ils tiré les leçons de ces drames selon vous ?
En Occitanie, la déprise agricole, la fermeture des paysages, l’étalement urbain, la végétation méditerranéenne et le vent qui caractérisent notre région constituent un assemblage de conditions favorables à l’apparition de ces grands feux dévastateurs. De plus, le contexte de changement climatique optimise les conditions de leur apparition. Cette récurrence des catastrophes naturelles exceptionnelles doit nous interpeller car les méga feux ne sont que des marqueurs visibles d’un changement climatique global devenu irréversible, dont la Région Occitanie est l’un des premiers témoins.
En zone méditerranéenne, les surfaces brûlées pourraient ainsi augmenter de 80% d’ici 2050 et la période à risque devenir trois fois plus longue. Ainsi peut-on s’attendre à des feux plus nombreux et plus étendus dans les zones déjà exposées comme à une extension des zones à risque ou encore un allongement des périodes de risque fort d’incendie, aujourd’hui concentrées sur les deux mois d’été, qui pourraient ainsi s’étendre de juin à octobre. L’intensification des feux fait donc craindre des destructions de plus en plus importantes et la répétition d’incendies extrêmes sous la forme de « mégafeux » comme celui qui a frappé l’Aude l’été dernier.
En amont, nous devons donc renforcer les mesures de prévention, mobiliser l’ensemble des politiques publiques et définir une stratégie nationale et interministérielle de défense des forêts et des surfaces non boisées contre les incendies.
Et devant la masse colossale des investissements à réaliser, dans un contexte budgétaire plus que contraint, certains appuient ce propos de massification des moyens en prenant en considération la « valeur du sauvé » pour mieux calibrer les moyens de prévention et de lutte contre l’incendie. Par exemple, la valeur moyenne sauvée par l’intervention des pompiers par incendie de forêt dans les Bouches-du-Rhône est évaluée à 7,3 millions d’euros. Le coût d’une augmentation significative des dotations à destination des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) tout comme les moyens en équipement de protection civile est donc à mettre en balance avec les frais épargnés du fait de l’intervention des secours.
Mais ce n’est pas tout, il conviendrait aussi de revenir sur les suppressions de postes envisagées à l’Office national des forêts (ONF) pour redéployer plus de personnels sur la défense des forêts contre l’incendie ; de décliner des plans de protection des forêts par territoires, y compris dans des zones moins exposées au risque ; et aussi de mieux réguler l’interface entre les forêts et les zones urbaines.
Il s’agit aussi de mieux faire respecter les obligations légales de débroussaillement (OLD) à proximité des zones d’habitation, et de sensibiliser davantage les citoyens aux risques d’incendie qui sont à 90% d’origine humaine, par le biais de campagnes de prévention et par la présence d’équipes sur le terrain. Les mégas-feux qui ont frappé le Sud-Ouest pendant l’été 2022 ont en effet conduit le législateur à durcir la réglementation notamment en ce qui concerne ces obligations légales de débroussaillement, avec l’adoption de la loi du 10 juillet 2023.
C’est ce que j’appelle disposer d’une vision collective.
De plus, les incendies pèsent sur les finances, qu’il s’agisse des dégâts matériels comme du coût important des opérations de secours. Un des premiers enjeux est donc financier alors que l’intensité de ces feux ne cesse d’augmenter. Le besoin de financement public pour le reboisement de la forêt privée autour de Landiras et la Teste-de-Buch en Gironde est estimé à au moins 50 millions d’euros. Et, pour l’Aude, combien de millions d’euros le gouvernement compte-t-il mettre sur la table pour reconstruire ce que le feu a réduit en cendres et qu’ainsi le département devienne un laboratoire de résilience ?
A ce jour, nous attendons toujours de l’Etat qu’il déploie des moyens financiers à la hauteur de ces enjeux.
D’âpres débats ont été menés lors de l’examen du budget à l’automne dernier à ce propos. Avec mon groupe parlementaire, nous avons d’ailleurs proposé, hélas, en vain, de rehausser la taxe de séjour d’un montant dépendant du type d’hébergement fréquenté par le touriste, pour financer les SDIS. Les activités touristiques et les variations d’affluence de la population à certaines saisons font en effet peser sur les services de secours une forte tension et imposent des renforts pour faire face, s’ajoutant ainsi aux risques climatiques auxquels ces derniers sont déjà confrontés. Or les collectivités locales (départements, EPCI et communes) représentent plus de 90 % des budgets de fonctionnement des SDIS.
Les ressources de ces dernières sont hélas aujourd’hui largement contraintes du fait d’une perte d’une partie de leur fiscalité et de la multiplication des postes de dépense en lien avec les transferts de compétences, si bien qu’elles n’ont plus les marges de manœuvre suffisantes pour répondre aux besoins des professionnels et volontaires de la Sécurité Civile. Agir ainsi c’est donc aussi miser sur la force du collectif.
D’autre part, constatant que la fermeture des espaces et l’augmentation rapide de la masse combustible sont des facteurs aggravants du risque de départ et de propagation des feux de forêt, la reconquête et la gestion de ces espaces agricoles et forestiers seront garantes de l’efficacité au niveau des coupures de combustible, et, la mise en œuvre concomitante d’un projet de territoire un gage de pérennité et un levier pour concilier les enjeux de protection des espaces méditerranéens.
A la suite des incendies, il appartient donc aux élus de transformer l’expérience vécue en leviers d’amélioration pour la sécurité de leur territoire. Cette démarche permet non seulement de renforcer la préparation des communes à de futurs risques pour les aider à capitaliser sur cette expérience douloureuse mais aussi de garantir une protection accrue des habitants et du patrimoine collectif. L’analyse de la prise en charge du sinistre constitue une source précieuse d’enseignements pour tous les acteurs, les retours d’expérience doivent nous servir pour nous améliorer.
C’est pourquoi j’ai interpellé, en septembre 2025, dès le lendemain du méga incendie dans l’Aude, le Premier ministre et proposé un « plan de résilience » appelant à une démarche collective et concertée de territoire. En réponse celui-ci a mandaté ses services qui ont élaboré un Plan d’action « Corbières 2032 » sur le périmètre correspondant à la zone sinistrée par l’incendie soit seize communes des Corbières. A ce jour, nous attendons cependant toujours de l’Etat qu’il expose les moyens financiers nécessaires à la reconstruction et à la résilience des Corbières.
Le « plan départemental d’habitabilité pour les Corbières » lancé par le département de l’Aude, comme la feuille de route « Occitanie Résiliente » de la Région démontrent, quant à eux, que les territoires sont déjà en capacité de soutenir des actions rapides. Chacune des deux collectivités engage en effet 10 millions d’euros sur deux ans pour financer des actions concrètes en direction des communes, viticulteurs, agriculteurs, entreprises, associations et habitants.
Les acteurs locaux du département n’ont d’ailleurs pas davantage attendu la catastrophe pour se coordonner et engager une réflexion prospective sur le devenir de la viticulture par exemple. Tel est l’objet du projet « Démarche territoriale Résilience de l’Est Viticole Audois » (REVA) né de la volonté des deux Comités de Développement Agricole (CDA) Corbières-Minervois et Narbonnais-Littoral, qui portent une stratégie commune d’adaptation de la filière viticole de ce territoire aux défis climatiques et écologiques. Ce projet REVA comptait en 2020, 3 601 Exploitations Agricoles (EA), soit 65% des exploitations du département de l’Aude. Ces exploitations de petites tailles (moins de 20 ha en moyenne) valorisent 69 983 hectares de Surface Agricole Utile (SAU) soit un tiers de la SAU du département. 90% des exploitations y sont spécialisées en viticulture soutenues par un réseau historique de 37 caves coopératives et groupements, 3 distilleries et de nombreuses caves particulières fédérées par la Coopérative Agricole Occitanie et la Fédération des Vignerons indépendants de l’Aude. Je réclame donc, sans fléchir, que la démarche REVA soit également appuyée par des financements publics.
Le sens du collectif est ici manifeste, que l’Etat soit, à son tour, au rendez-vous. Les maires des communes sinistrées seront comptables des efforts déployés, hélas, nous n’avons toujours pas de visibilité à ce sujet.
Vous aviez également souligné que le rôle des agriculteurs était sous-estimé dans la prévention des feux de forêt. Concrètement, quel rôle pourraient-ils jouer aujourd’hui pour limiter le risque d’incendie, et quelles évolutions seraient nécessaires pour mieux reconnaître et soutenir cette contribution ?
Il sera difficile d’endiguer le phénomène de sécheresse, en revanche, notre modèle de production et nos itinéraires agronomiques doivent être repensés radicalement. Les incendies ne sont pas une fatalité, mais il faut aller plus loin dans leur prévention, les grands feux sont en progression du fait de la sécheresse, mais aussi à cause de la déprise agricole.
C’est pourquoi nous devons encourager les initiatives qui visent à favoriser le couvert végétal et aider les exploitants concernés. L’objectif est de favoriser la production de biomasse et de matière organique, protéger les sols de l’érosion, stimuler la vie souterraine (vers, microfaune, champignons…) et réguler l’eau et les nutriments, sans concurrencer la vigne. C’est bien la complémentarité qui fait la richesse de l’écosystème. L’avenir agricole occitan en dépend.
Grâce à l’agroforesterie, vignes, arbres fruitiers et cultures vivrières peuvent cohabiter sur une même surface et offrir de l’ombrage pour réduire le stress hydrique. Les expérimentations de ce type doivent prospérer dans le cadre du plan de reconstruction et l’Etat, comme l’Union Européenne doivent les soutenir.
Irriguer lorsque c’est nécessaire, c’est aussi limiter la vulnérabilité de demain. Nous avons ainsi des opportunités et des projets pour réduire le stress hydrique, il est temps de se mettre à l’ouvrage. Engager une réflexion pour mener un projet d’irrigation et mieux associer les ASA comme les acteurs publics pour limiter la sécheresse partout où l’irrigation privée est possible, et, soutenir les projets déjà aboutis devient une urgence. A ce titre, j’ai demandé, à maintes reprises, au Gouvernement de mobiliser un fonds irrigation pour les régions, ainsi qu’il a été adopté par le Sénat, à mon initiative dans le budget de l’Etat pour 2025 en janvier dernier… avant d’être finalement « capté » par le Fonds vert. Il s’agissait pourtant bien d’engager la réflexion sur la poursuite du réseau aquadomitia dans l’Aude et les PO lorsque j’ai fait adopter cette rallonge de 200 millions d’euros, je déplore cette fongibilité !
Renforcer l’agro environnement par le recours aux paiements pour services environnementaux ou la création d’une ICHN méditerranée dans les zones à forte vulnérabilité sont des pistes d’amélioration envisageables. Le CGAER qui m’a auditionné l’été dernier, a d’ailleurs étudié le déploiement de dispositifs de soutien aux mesures agroenvironnementales, pouvant compenser les services environnementaux des exploitants agricoles volontaires. Il est temps de s’y atteler.
J’appelle aussi de mes vœux à la mise en place d’Associations Foncières Pastorales ou de Groupements Pastoraux à l’image de ce qui existe dans les zones de montagnes. Des projets d’installation pastorale extensive peuvent en effet constituer des remparts crédibles en zone méditerranéenne. Le redéploiement de l’élevage associé à des itinéraires agroécologiques adaptés répond également au sujet épineux de la remise en culture des friches viticoles par des surfaces fourragères pour une régénération active des sols épuisés par la culture de la vigne. Dans quelques années, ces prairies pourront accueillir des céréales en rotation là où c’est possible. En zones irrigables et sur des sols adaptés, c’est la culture maraîchère et l’arboriculture qui pourront trouver leur place.
Dans les forêts domaniales et forêts des collectivités publiques, le pâturage pour un usage extensif saisonnier peut être autorisé par concession ou par convention pluriannuelle de pâturage. On notera à ce titre que les caprins sont écartés, il conviendrait de corriger ces lacunes. L’article L311-4 du code forestier interdit également le pâturage pendant 10 ans après un incendie pour les forêts ne relevant pas du régime forestier. Il prévoit aussi la possibilité de prolonger de dix années supplémentaires cette interdiction, sauf dérogation expresse pour des raisons de DFCI. A ce jour la dérogation est acquise dans la zone de Ribaute, lourdement sinistrée.
Reconstruire un avenir pour l’Aude appelle donc à un changement de paradigme en profitant de la recréation du milieu pour imaginer le territoire de demain grâce à une approche renouvelée en matière de diversification agricole, en tant que rempart efficace contre la vulnérabilité et la sécheresse, mais aussi, en ayant une réflexion sur un urbanisme plus résilient.
Il y a aujourd’hui urgence de se doter d’un outil à un échelle suffisamment grande et cohérente pour avoir les moyens d’une vision d’avenir.
Vous appeliez à renforcer les moyens de prévention et d’intervention, notamment les capacités aériennes de lutte contre les incendies. Au vu des premiers feux de cette année, considérez-vous que la France dispose aujourd’hui de moyens adaptés à l’évolution du risque ? Si ce n’est pas le cas, quelles sont, selon vous, les priorités d’investissement les plus urgentes ?
Agroécologie, replantation, activités pastorales, nous devons repenser l’ensemble de notre modèle et tout mettre en œuvre pour tendre vers un « Objectif Zéro départ de feux » en équipant davantage et en protégeant mieux protéger les zones à risque.
La forêt regroupe de multiples enjeux, actuels, et à venir : préservation de la biodiversité, réduction des eaux de ruissellement, production de bois, captage de carbone pour la réduction du réchauffement climatique, maintien des sols, purification des eaux et de l’air, structuration des paysages, accueil et usages du public, … Multifonctionnelle, elle peut aussi devenir un lieu de menaces (incendies, embâcles, prolifération de maladies, …). Or, sans une action concrète et rapide, les incendies de demain seront encore plus importants que ceux vécus aujourd’hui, et ils se généraliseront à l’ensemble du territoire national. Les exemples de l’Espagne et du Portugal doivent nous alerter.
La forêt mérite donc une vision d’ensemble tenant compte de sa multifonctionnalité car c’est notre bien commun, avec des zonages et une gestion du foncier renforcée garantissent l’entretien des espaces boisés, l’exploitation des bois comme la protection contre l’incendie. Les élus des Communes forestières demandent avec force ce changement de modèle.
Enfin, je rappelle que chacun devra prendre sa part, et se conformer aux obligations légales de débroussaillement pour prévenir le risque incendie. Si le feu a pu prospérer en milieu forestier, c’est aussi parce qu’une partie importante de nos forêts publiques audoises ne sont pas entretenues, faute d’être recensées en tant que telles. Outre les dangers majeurs que cette absence de correspondance des plans cadastraux entraine, c’est bien la capacité à percevoir des indemnisations pour les communes concernées qui est en cause. Comment d’ailleurs entretenir ces espaces forestiers sans soutien de l’ONF ?
La question du débroussaillement et de la responsabilité active des propriétaires doit aussi être mieux expliquée pour être mise en œuvre efficacement. Les élus audois ont désormais à leur disposition la déclaration d’intérêt général d’urgence (DIGU) pour réaliser des projets qui leur permettent aux collectivités d’exécuter elles-mêmes des travaux urgents listés par le code rural (débroussaillage, lutte contre l’érosion, desserte forestière, défense contre les incendies…), sur les propriétés publiques comme privées, et ce, sans expropriation, sans participation financière des propriétaires ni changement de propriété du foncier.
Je souhaite aussi que soit engagée une réflexion autour des OLD aux abords des autoroutes au regard du nombre de feux partis depuis ces linéaires (comme celui de Capendu ou de Roquemaure dans le Gard cet année). A l’instar de ce qui existe déjà avec les indices IQRN (Image Qualité du Réseau Routier National) pour les chaussées et IQOA (Image Qualité des Ouvrages d’Art), je souhaiterais que des indices de limitation de la vulnérabilité du réseau autoroutier concédé soient mis en place pour évaluer les actions de débroussaillage engagées, et ainsi mieux encourager la prévention des risques. J’attends ici de la part de l’Etat une action renforcée à l’égard des concessionnaires d’autoroute.
En outre, pour le seul département de l’Aude, l’acquisition d’un nouvel hélicoptère serait utile, dans le cadre de cette aide financière exceptionnelle pour le renforcement des équipements de logistique, afin de mieux se préparer à faire face aux risques.
Il me semble aussi nécessaire d’envisager activement le renouvellement de la flotte aérienne avec une reprise en main de notre souveraineté. Ainsi que je l’ai indiqué au Premier Ministre en juillet dernier, en attendant les livraisons de nouveaux avions Canadair, et sachant que ceux-ci ne seront pas assez nombreux, même additionnés aux autres moyens en service, hélicoptères et Dash, de nouvelles pistes sont à explorer. Malgré les commandes en cours, la France dispose d’un nombre trop limité de bombardiers d’eau, qui oblige la sécurité civile à louer des appareils pour plus de 100 millions d’euros depuis 2020.
Dans l’Aude, l’Hérault et les Bouches-du-Rhône, des dizaines de rotations de canadairs à 16 000 euros par heure de vol ont lieu tous les jours depuis le début des incendies. De plus, du fait du vieillissement de cette flotte, les coûts de maintenance explosent et atteignent désormais 34 millions d’euros.
La société Airbus a d’ailleurs travaillé sur un kit anti-incendie permettant de remplir des A400M en moins de dix minutes avec des moyens standards sur des pistes relativement courtes. L’A400M pourrait emporter jusqu’à 20 000 litres d’eau ou de retardant dans sa soute, contre 6 000 pour le Canadair, largable en une dizaine de secondes, sans modification majeure de l’appareil. De plus, celui-ci pourrait intervenir de nuit.
Un Airbus ainsi équipé a été testé en avril 2025 dans le Gard, sur la base aérienne de la sécurité civile de Nîmes-Garons. Cette solution suscite de nombreux espoirs. Elle nécessiterait cependant une accélération du processus d’homologation, une formation et une qualification spécifiques des équipages et, bien évidemment, une réflexion sur les moyens de nos armées, et sur leur organisation, permettant une mise à disposition au profit de la sécurité civile sans obérer ses capacités opérationnelles. Nos armées ne peuvent rester indifférentes à la bataille du feu. Une telle réflexion devrait être menée au niveau européen avec l’Espagne, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Belgique et le Luxembourg qui disposent de l’A400M, afin de pousser au maximum la logique de mutualisation tout en garantissant la souveraineté militaire européenne et notre défense nationale.
Il me semble également opportun d’engager une réflexion sur la pertinence du transfert des secours basés à Salvaza et déplacés à Nîmes-Garons dans le Gard pour limiter les temps d’intervention. Il est donc selon moi plus qu’urgent de renforcer les subventions publiques d’Etat pour le département afin de compléter les flottes et les moyens, comme de consentir un effort supplémentaire en investissement public dans les secours aériens pour retrouver notre souveraineté.