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RN : Un plan clim’ qui prend l’eau

Publié le 02 juillet 2026
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A l’heure où la France suffoque et que des records de température sont battus sous l’effet d’une nouvelle canicule historique, le Rassemblement national a (re)sorti son « grand plan clim » : 40 à 200 milliards d’euros pour climatiser la France, des maisons de retraite aux appartements des particuliers. Cette réponse improvisée, coûteuse et écologiquement incohérente révèle une décennie d’impréparation et de climatoscepticisme.

Avant que les écoles ne ferment, que les hôpitaux ne se tendent et que les personnes âgées ne souffrent, les déclarations, votes et budgets du parti à la flamme ne pouvaient pourtant pas être plus explicites quant à sa volonté de ralentir la lutte contre le changement climatique et de freiner l’adaptation du territoire français à ses conséquences.

Un virage écolo (sous l’effet de la chaleur ?)

Le Rassemblement national, qui qualifiait jusqu’alors l’écologie d’« idéologique » et « punitive », cite depuis quelques jours les experts du GIEC pour justifier son plan de climatisation. Ce virage mérite d’être documenté.

Les prises de parole de Thomas Ménagé, aujourd’hui défenseur du plan clim à l’Assemblée nationale sont parmi les plus éloquentes. Il déclarait encore en août 2023 sur France Inter que les experts du GIEC « ont parfois tendance à exagérer », ajoutant même que « si on suit bêtement les données du GIEC, on risque de contrevenir à la qualité de vie des Français ». C’est toujours Thomas Ménagé qui se demandait dans un tweet de 2013 s’il existait « vraiment un réchauffement climatique ». Parmi la longue liste des déclarations climatosceptiques du RN on peut citer :

  • Sébastien Chenu, porte-parole du RN, estimant en mai 2026 (il y un mois !) qu’on pouvait « discuter sur la part de l’homme dans ce changement climatique »,
  • Le député René Lioret recommandant la lecture d’un livre sur « les 12 mensonges du GIEC »
  • Le maire de Carpentras Hervé de Lépinau, dénonçant les « propagandistes du GIEC».
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Tweet de Réné Lioret, député RN de Côte-d’Or, le 8 mai 2022 et de France Inter sur les déclarations de Thomas Ménagé en août 2023.

La déclaration, en pleine canicule de Thomas Ménagé estimant que le GIEC « en tant que consensus scientifique, est incontestable » montre ce qui a changé au RN entre 2023 et 2026 : Les postures. Pas la science. Ni le climat.

Des votes qui ne trompent personne

Le chiffre est révélateur : au parlement européen, les élus RN ont voté en faveur de seulement 6 % des textes environnementaux de la mandature 2019-2024. Ils se sont ainsi opposés à la loi sur la restauration de la nature, aux objectifs de réduction des pesticides ou encore au renforcement des investissements climatiques.

A l’Assemblée nationale, le RN soutenait en juin 2025, avec l’appui de la droite, un moratoire sur l’éolien et le solaire. Jordan Bardella parlait alors de « drame pour l’environnement » au sujet des éoliennes. Ce sont pourtant ces mêmes énergies qui devront alimenter les 30 à 40 millions de climatiseurs que son parti réclame aujourd’hui et dont la consommation électrique est estimée, dans les meilleurs scénarios, à environ 25 GW en période de canicule (soit la production de 25 réacteurs nucléaires…).

Des problèmes de budget à tout va

Dans son contre-budget 2026, le RN proposait la suppression de l’ADEME et de l’OFB (7,7 milliards d’économies) ; ironique quand ces deux agences publiques produisent les données scientifiques que le RN cite désormais à l’appui de son plan. S’y ajoute la suppression de MaPrimeRénov’ pourtant destinée à l’isolation thermique des logements (3,4 milliards), la suppression du Fonds vert (outil de financement des projets écologiques des collectivités (460 millions)) et la suppression des tarifs préférentiels de rachat de l’électricité renouvelable (7.2 milliards).

En résumé, le RN demandait en octobre 2025 la suppression des outils permettant l’isolation thermique des bâtiments avant de proposer de climatiser ces mêmes bâtiments en juin 2026.

Ces 18,8 milliards d’économies sur des programmes efficaces et essentiels à l’adaptation du pays, s’opposent diamétralement aux 40 milliards que coûterait une version amoindrie du «  plan clim’ » présentée par Jean-Philippe Tanguy le 23 juin sur TF1. Bien que divisée en deux parties, l’une pour équiper hôpitaux, écoles et maisons de retraite d’un côté, l’autre les logements privés de l’autre via des prêts à taux zéro, cette somme semble bien irréaliste.

Contre budget proposé par le RN en 2025 :

0milliards
suppression de l’ADEME et de l’OFB 
0milliards
suppression de MaPrimeRénov’
0millions
suppression du Fonds vert
0milliards
suppression des tarifs préférentiels de rachat de l’électricité renouvelable

Equiper un logement coûterait en effet, dans les meilleurs scénarios, entre 2 000 et 5 000 euros. Ces sommes représenteraient entre 60 et 200 milliards d’euros pour l’équipement de 30 millions de logement évoqués par Jean-Philippe Tanguy.

Le mode de financement de cette somme proposé par le RN (par une participation de la BCE) paraît tout aussi irréaliste : l’article 123 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne interdisant explicitement à la BCE de financer directement les autorités publiques

Un effet contre-productif ?

Le plan se heurte également à une réalité écologique documentée. Un climatiseur ne fait pas disparaître la chaleur : il la déplace dehors. À l’échelle d’un quartier dense, les études scientifiques estiment que les rejets thermiques des climatiseurs augmentent la température extérieure (effet rebond) de 1 à 3.6 °C la nuit, ce qui pousse les voisins à climatiser plus fort. L’ADEME le dit explicitement dans son avis de juin 2024 : la climatisation massive « pourrait aggraver les phénomènes d’îlot de chaleur urbain » et risque « d’aggraver la situation des ménages en précarité énergétique ». La Cour des comptes va dans le même sens dans son rapport public annuel de 2024 : un recours trop large à la climatisation peut devenir une « mal-adaptation ».

Le plan se heurte également à une réalité écologique documentée. Un climatiseur ne fait pas disparaître la chaleur : il la déplace dehors.

Ajoutons que la climatisation représente déjà 5 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur bâtiment en France. Multiplier le parc d’appareils par deux ou trois, tout en supprimant les tarifs d’achat préférentiels des énergies renouvelables, garantirait donc une aggravation nette du bilan carbone et des canicules encore plus fréquentes et puissantes à l’avenir. Généraliser la climatisation reviendrait à soigner la fièvre en montant le chauffage.

Des solutions existent pourtant : et la clim en fait partie !

La souffrance des personnes vulnérables pendant les canicules est bien réelle comme en témoignent tragiquement les 15 000 morts de 2003. La question n’est pas « faut-il s’adapter ? » mais « comment s’adapter intelligemment ? »

L’ADEME répond avec précision : il faut d’abord réduire les besoins avant d’équiper. Isolation, protections solaires, végétalisation des cours d’école et des espaces publics : ces mesures abaissent durablement la température intérieure sans consommation supplémentaire, sans rejet de chaleur à l’extérieur et sans effet rebond. La climatisation, elle, doit être déployée en priorité là où elle est indispensable à la santé humaine : en réanimation, en soins intensifs ou dans les EHPAD. Ailleurs, il faut mettre en place les mesures d’atténuation avant d’examiner la climatisation au cas par cas. Cette démarche de sobriété n’est pas idéologique, elle est la seule à même d’atténuer nos souffrances dans les décennies à venir.

Une transition largement amorcée en Occitanie

C’est ce que fait l’Occitanie depuis 2016. Région la plus exposée aux conséquences du changement climatique, elle a engagé plus d’un milliard d’euros dans les énergies renouvelables, les transports décarbonés et la rénovation énergétique. Les résultats sont là :

  • 20 000 logements sociaux rénovés entre 2016 et 2025, avec des économies de 300 à 600 euros par an pour une famille.
  • 1 100 bâtiments publics ont été rénovés
  • 20 % d’économies d’énergie réalisés dans les lycées en six ans

Le 4 juin 2026, l’Assemblée plénière a adopté le plan « Occitanie Résiliente Énergie » : 570 millions d’euros mobilisés d’ici 2030, dont 230 millions dédiés à l’amélioration thermique des lycées face aux canicules (par l’isolation et la végétalisation).

Le Rassemblement national, fidèle à lui-même, a voté contre ce plan.

Derrière le « plan clim », le RN n’a pas changé de ligne :

  • pas d’objectifs chiffrés de réduction des émissions
  • pas d’investissements dans les outils durables
  • pas de vision à long terme

Un équipement vendu comme une solution, une agence européenne illégalement mobilisée pour le financer, et les instruments de la vraie transition supprimés pour faire des économies.

La climatisation peut être utile et nécessaire mais ce n’est pas une politique climatique.

Voter contre tout ce qui en constitue une, depuis dix ans, ne s’efface pas avec une conférence de presse en pleine canicule.

L’équipe de la République en Commun

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