Carole Delga : « Il y a une forme d’isolement du pouvoir qui est préjudiciable »

Partager
CD-Lopinion
Partager

Par Dinah Cohen et Antoine Oberdorff

Dans une interview pour L’Opinion, Carole Delga dénonce le manque de dialogue avec le gouvernement et alerte sur les conséquences des coupes budgétaires, notamment pour les lycées.

En tant que présidente de l’association des Régions de France, en partie chargée du financement public des lycées, comment voyez-vous les réponses apportées aux lycéens par le gouvernement ?

Je comprends la déception de la jeunesse. Ce sont des annonces encore vagues, qui n’ont pas été menées dans une démarche de concertation. Et en ce qui concerne les moyens donnés aux Régions de France, je ne comprends pas comment, dans un moment où les taux dépassent les 5 %, l’exécutif peut nous encourager à nous endetter. A ce stade, le projet de loi de finances prévoit une nouvelle baisse d’un milliard d’euros sur nos budgets en 2027. Ce qu’il faut, c’est que le gouvernement revoie le prélèvement prévu actuellement sur les dotations, le divise par deux. Sinon, c’est une asphyxie budgétaire qui va nous empêcher d’investir et dans les lycées, et dans les transports décarbonés, et dans l’aide à l’emploi.

Les Départements de France ont récemment exprimé leur rancœur vis-à-vis du Premier ministre, dénonçant les économies prévues dans le budget. Constatez-vous le même agacement chez les présidents de régions ?

Il y a une forme d’exaspération, et surtout d’incompréhension. Le dialogue avec le gouvernement est extrêmement difficile.

Dernièrement, le Premier ministre nous a reçus en visioconférence, après onze mois sans aucun contact ! Avec toutes les urgences qu’il y a à traiter sur la précarité qui ne fait qu’augmenter, les enjeux industriels, de défense, la lutte contre le réchauffement climatique, le bouleversement de l’IA… comment les échanges peuvent-ils être si rares ?

Prenez les 1 000 places annoncées pour le secteur de la santé en réponse aux lycéens. Les formations du sanitaire et social sont financées par les régions. Moi, j’apprends ça en lisant le communiqué de presse du gouvernement. Et je n’ai aucun détail sur la mesure. Ce n’est pas comme si je ne décrochais pas quelle que soit l’heure du jour et de la nuit aux appels de Matignon. La méthode de travail est invraisemblable. Le pouvoir devrait travailler de manière collective pour surmonter les difficultés auxquelles est confronté notre pays. Or il y a aujourd’hui une forme d’isolement qui est extrêmement préjudiciable.

Lire la suite sur le site de L’Opinion
Un tel contexte demande de réunir les forces syndicales, économiques, associatives, et les élus locaux. Surtout pas d’être dans une forme de repli sur soi. Car on le sait, l’isolement conduit à l’immobilisme, et l’immobilisme conduit au recul. C’est d’ailleurs le message que nous adresse cette jeunesse : bougez, ouvrez-vous pour que les choses changent !
Carole Delga