La situation des anciens otages français est des plus instables. Revenus dans notre pays, ils sont souvent oubliés par l’Etat, sans statut ni perspectives. Les choses bougent pour les doter d’une véritable protection.
Ici l’ombre… Les caméras de télévision débranchées, les autorités reparties à leurs nombreuses occupations : la vie des ex-otages, liberté reconquise, retombe vite dans l’anonymat et les galères en tous genres se succèdent.
La récente libération de Cécile Kohler et Jacques Paris, détenus pendant 4 ans, en Iran, a mis en lumière le statut ou plutôt l’absence de statut de ces anciens otages.
La République française n’abandonne jamais ses ressortissants. C’est acquis. Les diplomates usent de tous les moyens mis à leur disposition pour sortir nos compatriotes des geôles des régimes les plus douteux.
C’est ensuite que les choses se compliquent. Après la libération, débutent souvent l’oubli et ce que certains appellent le cauchemar administratif.
« NEANT ADMINISTRATIF »
Cité par le quotidien « Le Parisien-Aujourd’hui en France », Benjamin Brière, lui-même détenu trois ans en Iran et désormais président de l’association SOS Otages n’y va pas par quatre chemins : « Il n’y a aucune prise en charge à notre retour. C’est le néant administratif. Nous n’avons aucun statut, aucune reconnaissance, ce qui complique notre retour ».
Pas de reconnaissance, pas de statut, pas de réinsertion possible. Et une administration française qui frôle parfois le ridicule. Le service des Impôts a ainsi demandé des explications à Benjamin Brière sur son absence de déclaration fiscale pendant sa détention. Ubuesque !
Le statut des anciens otages laisse apparaître des incohérences quasi désespérantes. Quand Benjamin Brière reçoit une attestation du ministère des Affaires étrangères certifiant qu’il était en détention arbitraire, Bernard Phelan, accusé d’espionnage par le régime iranien et détenu, pendant 222 jours, de 2022 à 2023, est qualifié de simple otage…
Les cas diffèrent. La situation du Toulousain Camilo Castro, retenu pendant 5 mois dans les geôles de la terrible prison de Caracas, au Vénézuela, au temps de la dictature du régime de Maduro , est qualifiée de détention arbitraire. Dans un entretien qu’il nous avait accordé, il y a quelques semaines, Camilo Castro avait confié son désarroi : « On reconnaît les victimes du terrorisme, mais pas encore les personnes qui ont été otages. Nous multiplions les démarches, avec l’association SOS Otages. Nous avons écrit au président de la République. Sans réponse encore… ».
Depuis les choses n’ont guère évolué. L’Etat tape en touche, visiblement gêné aux entournures, se contredisant parfois.
Benjamin Brière s’insurge de à la situation de Camilo Castro : « il est donc considéré comme un criminel. Sans l’appellation d’otage ou de détenu arbitraire, il n’aura pas droit à la formation, à des allocations chômage ou à des indemnisations auprès du fonds de garantie des victimes ».
SOS Otages entend que les choses soient précisées quant au statut des personnes qui retrouvent la liberté dont elles ont été privées. Les qualifications ont en effet des conséquences directes et déterminantes sur la reconnaissance du préjudice subi, l’accès aux droits, les modalités de prise en charge post-captivité ainsi que sur les mécanismes d’indemnisation. « Nous souhaitons connaître les critères précis guidant ces choix ainsi que les fondements juridiques sur lesquels ils reposent », insiste Camilo Castro.
PARCOURS LEGISLATIF
Lequel a reçu, la semaine dernière, le soutien direct de Carole Delga. La présidente de la Région Occitanie a reçu Camilo à l’hôtel de région avec sa famille : « Pendant 5 mois, Camilo a été retenu en otage par le régime de Maduro au Venezuela. Cinq mois d’une injustice terrible, d’une souffrance inacceptable. Son combat est désormais le mien : mettre fin au vide juridique qui laisse sans protection réelle les otages revenus de détention arbitraire. Ces femmes et ces hommes ont vécu l’enfer, ils ne peuvent pas, en plus, se heurter à l’impasse une fois libérés. À mon initiative et en lien étroit avec l’association SOS Otages et des parlementaires, des actions concrètes seront prochainement engagées pour changer cela. Nous leur devons bien plus que des mots. Nous leur devons des actes. »
Les choses bougent. Des sénateurs socialistes vont bientôt recevoir les représentants de l’association SOS Otages afin d’envisager la possibilité d’une proposition de loi.
Jean-Marc Germain, député européen (PS) passe aussi à l’offensive. En lien avec l’association, le parlementaire compte déposer prochainement, une résolution au Parlement européen pour demander la reconnaissance d’un statut d’otage d’Etat et celle d’aidant pour les familles des victimes ainsi que la création d’un fonds européen de soutien.
La mobilisation est en cours pour sortir de cette impasse indigne de notre République. La fraternité pilier de notre devise ne doit pas rester cantonnée aux seules estrades…
L’équipe de La République en Commun