Edito

Oui, nous avons besoin du Mois des Fiertés

Publié le 05 juin 2026
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« Pourquoi avez-vous besoin d’un Mois des Fiertés ? »

Chaque année, cette même question posée à celles et ceux qui le célèbrent. Souvent sincère. Parfois lassée. Quelquefois hostile.

Après tout, nous dit-on, les choses ont changé : les couples de même sexe peuvent se marier ; ils peuvent adopter ; les discriminations sont sanctionnées par la loi ; les personnes LGBTI+ sont davantage visibles dans l’espace public, dans les médias, dans les entreprises. Alors pourquoi continuer à défiler ? Pourquoi revendiquer ? Pourquoi consacrer un mois entier aux fiertés ?

Pour une raison simple : parce qu’il existe encore un écart trop important entre l’égalité des droits et l’égalité réelle.

Alors oui, nous avons besoin d’un Mois des Fiertés.

Nous en avons besoin parce que des jeunes peinent encore à s’accepter tels qu’ils sont. Parce que certaines et certains vivent leur orientation sexuelle ou leur identité de genre dans la peur, la solitude ou la honte.

Nous en avons besoin parce qu’en 2026, des adolescents sont encore mis à la porte de leur foyer par leurs propres parents. Parce qu’homosexuels, bisexuels ou transgenres.

Nous en avons besoin parce que trop de femmes et d’hommes regardent encore autour d’eux avant de tenir la main de la personne qu’ils aiment ou de l’embrasser dans la rue.

Nous en avons besoin quand certains voient dans quelques bandes de couleur peintes sur un passage piéton une menace plus grande que les discriminations qu’elles dénoncent.

Nous en avons besoin parce que les violences LGBTIphobes continuent d’augmenter (+5% en 2025 en France). Parce que derrière les statistiques se cachent des insultes, des crachats, des agressions, des humiliations, des guets appends ; des vies brisées.

Nous en avons besoin parce que dans nos écoles, nos collèges et nos lycées, des jeunes continuent d’être harcelés en raison de ce qu’ils ou elles sont ou de ce que les autres imaginent qu’ils ou elles sont.

Nous en avons besoin parce que faire son coming out demeure, pour beaucoup, un moment d’angoisse. Parce que trop nombreux sont ceux qui craignent encore le rejet de leur famille, de leurs amis ou de leur entourage professionnel.

Nous en avons besoin parce qu’à travers le monde, des millions de personnes vivent toujours privées de leurs droits les plus fondamentaux. Parce que des pays font encore adopter des lois punissant et réprimant l’homosexualité – le Sénégal ou le Ghana récemment. Dans soixante-quatre pays dans le monde, l’homosexualité demeure illégale. Dans certains, elle est passible de lourdes peines de prison. Dans d’autres, de la peine de mort.

Nous en avons besoin parce que des gouvernements cherchent aujourd’hui à restreindre les droits des personnes LGBTI+ comme aux Etats-Unis, à interdire les marches des fiertés comme hier en Hongrie, à autoriser les pseudo « thérapies » de conversion y compris au sein de l’Union européenne, ou à effacer certaines identités de l’espace public.

Et nous en avons besoin parce que l’Histoire nous enseigne une chose simple : aucun progrès n’est jamais définitivement acquis.

Le Mois des Fiertés n’est pas une célébration réservée à quelques-unes et quelques-uns. C’est un rappel collectif que la liberté d’être soi-même, d’aimer qui l’on veut et de vivre sans peur est un droit fondamental.

Alors oui, nous avons besoin d’un Mois des Fiertés.

Et nous en avons besoin aussi pour célébrer celles et ceux qui, hier comme aujourd’hui, ont permis que la liberté progresse.

En juin comme toute l’année, aimez qui vous voulez, soyez libre d’être qui vous êtes, et soyez fiers !

Carole Delga

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