Un vent de changement souffle-t-il sur la Hongrie ? Alors que le pays est appelé aux urnes ce dimanche 12 avril pour renouveler son Parlement, le Premier ministre nationaliste Viktor Orbán fait face à une contestation inédite. Pour la première fois en plus de quinze ans au pouvoir, il est sérieusement menacé par un opposant conservateur de centre-droit : Péter Magyar.
Economie en difficulté, scandales de corruption à répétition, mécontentement populaire croissant, soupçons d’ingérences étrangères russes… La Hongrie mettra-t-elle fin à plus de quinze ans d’Orbán le 12 avril ? Le Premier ministre Hongrois, qui tient le pays d’une main de fer depuis 2010, apparaît en mauvaise posture face à son adversaire conservateur modéré et proeuropéen, Péter Magyar. Encore inconnu du grand public il y a quatre ans, cet avocat de formation de 45 ans s’est imposé comme le principal opposant – et possible successeur – au Premier ministre nationaliste Viktor Orbán.
Son parti, Tisza (« Respect et liberté »), est donné en tête des intentions de vote, avec près 49% des voix devant le le Fidesz de Viktor Orbán, à 41%. Une dynamique scrutée de près bien au-delà des frontières hongroises, tant une éventuelle défaite de Viktor Orbán constituerait un revers symbolique pour les mouvements nationalistes en Europe et ailleurs. Preuve en est : la présence du Vice-président américain, JD Vance, le 7 avril à Budapest, venu à la rescousse de son allié Orbán dans la dernière ligne droite.
D’allié à premier opposant : l’ascension fulgurante de Péter Magyar
Ancien proche du pouvoir, Péter Magyar connaît parfaitement les rouages du système Orbán. Son ex-épouse, Judit Varga, a été ministre de la Justice, et son entourage familial et personnel est profondément ancré dans les sphères politiques hongroises. Issu d’une famille de politiques conservateurs hongrois, son grand-oncle a été président de la République de Hongrie entre 2000 et 2005, élu avec le soutien du parti de Viktor Orbán. Son grand-père, juge à la Cour suprême, a acquis une notoriété en animant une émission très populaire dans les années 1980. Son ancien colocataire, Gergely Gulyás, est quant à lui nommé ministre en charge du bureau du Premier ministre.
Mais c’est en 2022 que tout bascule. Péter Magyar révèle l’existence d’une grâce présidentielle accordée à une personne impliquée dans une affaire d’abus sexuels sur mineurs. L’ampleur du scandale est tel que la présidente Katalin Novak, figure du Fidesz d’Orbán, est contrainte de démissionner. Cet épisode marque un tournant : Magyar devient une figure publique et entame son ascension politique.
En 2024, Tisza, fondé en 2022, crée la surprise en arrivant en seconde position aux élections européennes de 2024 avec 30% des voix. Dès lors, il s’impose comme le principal adversaire de Viktor Orbán pour les élections à venir.
Un « Orbán soft » ?
Sur le fond, Péter Magyar n’est pas si éloigné des positions de Viktor Orbán : il souhaite poursuivre la politique « orbanienne » en matière d’immigration, opposée aux mécanismes européens de répartition des demandeurs d’asile et favorable au maintien des dispositifs de contrôle aux frontières. Il se montre également prudent sur la guerre en Ukraine, refusant l’envoi d’armes et une adhésion accélérée de Kiev à l’Union européenne.
Sur les questions sociétales, notamment les droits des personnes LGBTI+ – dans un cet Etat membre de l’Union européenne qui s’était illustré pour avoir interdit la tenue de la Marche des Fiertés de Budapest en 2025 – le candidat reste discret. Là où Viktor Orbán a fait de ces sujets un axe de confrontation culturelle, le quadragénaire s’est soigneusement fait discret sur la question, soucieux d’attirer les conservateurs déçus par Viktor Orbán. Il laisse notamment au maire progressiste de Budapest, Gergely Karácsony, le rôle de porte-voix de ces enjeux.
Un pari : « le retour à la normalité »
C’est surtout sur le terrain institutionnel et économique que Péter Magyar tente de se démarquer. Il promet de faire de la Hongrie un État « normal » au sein de l’Union européenne, en rétablissant l’État de droit, en luttant contre une corruption qu’il qualifie de « systémique » et en restaurant les contre-pouvoirs.
Sur la scène internationale, il affiche sa volonté de renouer avec les partenaires occidentaux, en repositionnant la Hongrie comme un allié fiable au sein de l’OTAN et de l’Union européenne.
Au niveau intérieur, il a conduit une campagne sur les services publics, particulièrement fragilisés, et propose des réformes dans les domaines de la santé et de l’éducation.
Reste une inconnue de taille : cette stratégie sera-t-elle suffisante pour déboulonner un Premier ministre qui a survolé sans difficulté trois réélections depuis 2010 (en 2014, 2018 et 2022) ? Pour la première fois, l’issue du scrutin semble réellement incertaine.
Le 12 avril pourrait ainsi marquer un tournant historique pour la Hongrie et, au-delà, pour l’équilibre politique européen.
L’équipe de La République en Commun
Crédit photo : Philippe Buissin / Parlement européen