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Soumission chimique : la fin de l’errance collective

Publié le 31 janvier 2026
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Le 27 janvier 2026, l’ancien sénateur de Loire-Atlantique Joël Guerriau a été condamné en première instance à quatre ans de prison, dont dix-huit mois ferme, pour avoir drogué la députée Sandrine Josso dans le but de commettre un viol ou une agression sexuelle. Cette affaire, survenue quelques mois après le procès des viols de Mazan, remet brutalement en lumière un sujet de santé publique majeur encore trop mal connu : la soumission chimique.

Un phénomène largement sous-estimé

Longtemps reléguée au rang de faits divers et trop souvent réduite à l’usage du GHB — « la drogue du violeur » — la soumission chimique demeure un phénomène difficilement appréhendé, tant par les décideurs publics que par la population. Les affaires Guerriau et Mazan ont néanmoins contribué à une prise de conscience progressive de l’ampleur et de la gravité de ces pratiques. Pour autant, les réponses apportées restent encore largement insuffisantes.

Selon la définition du centre d’addictovigilance, la soumission chimique correspond à « l’administration à des fins criminelles (viols, actes de pédophilie) ou délictuelles (violences volontaires, vols) de substances psychoactives (SPA) à l’insu de la victime ou sous la menace ». Elle se distingue de la vulnérabilité chimique, qui désigne « l’état de fragilité d’une personne induit par la consommation volontaire de SPA, la rendant plus vulnérable à un acte délictuel ou criminel ».

Contrairement à une croyance largement répandue, la substance la plus utilisée n’est pas le GHB : ce sont des médicaments facilement trouvables en pharmacie, notamment les benzodiazépines, qui non seulement font dormir mais encore provoquent une amnésie.

Des victimes majoritairement des femmes, souvent agressées par des proches

 Il reste difficile d’estimer précisément le nombre de victimes chaque année. En 2022 selon un rapport parlementaire présenté par Sandrine Josso et la sénatrice Véronique Guillotin, 1.229 soumissions et vulnérabilités chimiques vraisemblables ont été identifiées. En 2023, 127 personnes ont été mises en cause pour soumission chimique, dont 62 ont donné lieu à des procédures pénales.

L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) souligne par ailleurs que la soumission chimique touche toutes les strates de la population, avec une très large majorité de femmes ou de filles parmi les victimes.

Dans plus de 80 % des cas déclarés, les faits surviennent dans la sphère privée — familiale, amicale ou intime — et l’agresseur est connu de la victime. Malgré des conséquences lourdes sur la santé physique et psychologique, seulement 1 % des victimes bénéficie d’un accompagnement, ce qui révèle un déficit criant de prise en charge, de reconnaissance et d’orientation des personnes concernées.

Comparée à d’autres pays européens, la France accuse un retard notable.

Un retard français encore important

Comparée à d’autres pays européens, la France accuse un retard notable. En Espagne, par exemple, les analyses toxicologiques permettant de révéler la présence de substances psychoactives sans dépôt de plainte sont prises en charge financièrement, facilitant ainsi l’accès à la preuve.

En France, ces examens ne sont remboursés que depuis le 1er janvier 2026, dans le cadre d’une expérimentation de trois années menée dans trois régions : l’Île-de-France, les Hauts-de-France et les Pays de la Loire. Si les résultats s’avèrent concluants, une généralisation du remboursement est envisagée, ce qui permettrait d’en finir avec l’errance médicale pour les victimes et constituerait une avancée déterminante  en vue de la reconnaissance des faits et l’accès à la justice.

Au-delà de la nécessaire prise en charge des victimes, une meilleure information de la population est nécessaire. L’association M’Endors pas lancera cette année une campagne d’information, afin de mieux sensibiliser le grand public et les professionnels sur les mécanismes, les risques et les réflexes à adopter face à la soumission chimique.

Une loi au premier semestre 2026

Si l’« errance collective » sur la soumission chimique commence à prendre fin, des moyens concrets et adaptés doivent désormais être déployés. La généralisation du remboursement des prélèvements biologiques, y compris sans dépôt de plainte, est indispensable pour sécuriser les preuves. Car en matière de soumission chimique, tout se joue en quelques heures.

La future loi-cadre de lutte contre les violences faites aux femmes, attendue dans les prochaines semaines, devra impérativement se saisir de cet enjeu de santé publique et de justice.

L’équipe de La République en Commun 

Que faire si je pense avoir été drogué·e à mon insu ?

En cas d’urgence immédiate, appelez : le 17, ou le 114 (numéro d’urgence pour les personnes sourdes, sourdaveugles, malentendantes ou aphasiques).

Pour les femmes victimes de violences, le 3919 – Violences Femmes Info est un numéro d’écoute et d’orientation, anonyme et gratuit, disponible 7 jours sur 7, 24h/24.

Si vous êtes victime ou témoin de soumission chimique, certains gestes simples peuvent s’avérer déterminants

Si vous pensez qu’une substance a été versée dans un verre, conservez-le. De même que tout contenant qui aurait pu être au contact de la substance administrée.

En cas de vomissements, gardez les vêtements portés au moment des faits.