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LA FABRIQUE DU FAUX | Episode 5 – RN : la culture sous contrôle

Publié le 18 mars 2026
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Derrière la baisse des budgets culturels se joue un choix politique majeur. Dans certaines villes, notamment dirigées par le Rassemblement national, la culture n’est plus seulement fragilisée : elle est triée, orientée, mise sous pression.

La culture sous pression : une alerte nationale

En 2025, près de 47 % des collectivités déclarent une baisse de leur budget culturel par rapport à 2024. Plus préoccupant encore, plus d’une collectivité sur cinq évoque des baisses supérieures à 10 %. Pour la première fois depuis des décennies, le mouvement est massif, durable, structurel. La culture est devenue une variable d’ajustement budgétaire.

Au-delà des chiffres, une autre réalité se dessine : celle d’un affaiblissement progressif, parfois silencieux, des politiques culturelles dans certains territoires.

Dans les villes dirigées par le Rassemblement national, ce recul prend une forme particulière. À Perpignan, à Fréjus, à Orange ou encore à Moissac, les politiques culturelles évoluent vers des modèles plus contrôlés et orientés.

Il ne s’agit pas toujours de coupes spectaculaires, mais d’une stratégie plus diffuse : redéploiement ciblé des subventions, mise en avant d’événements plus identitaires, marginalisation d’acteurs indépendants. Une transformation progressive qui, sans faire de bruit, fragilise la diversité culturelle et la liberté de création.

Ce sont les acteurs de proximité qui trinquent

Cette baisse frappe d’abord les acteurs de proximité. 42 % des répondants au dernier Baromètre de l’Observatoire des politiques culturelles ont indiqué avoir réduit leurs subventions aux associations culturelles.

Concrètement, ce sont des festivals annulés, des compagnies fragilisées, des lieux intermédiaires menacés, des projets d’éducation artistique remis en cause. Or, ce sont précisément ces structures locales qui irriguent les territoires, font émerger des talents, créent de l’emploi et rendent la culture accessible hors des grands centres urbains.

Dans certaines municipalités RN, ces choix sont assumés et visibles. À Mantes-la-Ville, les subventions aux associations ont été fortement réduites, affectant directement le tissu culturel local et associatif.

Ailleurs, comme à Perpignan, la stratégie est plus indirecte : maintien d’une façade culturelle, mais orientation progressive des financements vers des structures jugées compatibles avec une vision plus restrictive de la culture.

Dans tous les cas, une même logique se dessine : celle d’un tri politique et idéologique, qui fragilise les initiatives indépendantes et réduit la pluralité artistique.

Ce tri politique des financements culturels est parfois poussé jusqu’à l’absurde. Le député RN Matthias Renault a ainsi déposé un amendement visant la subvention du festival « Les Trans Musicales », qu’il a présenté comme « connu pour l’organisation de festivals de musique d’artistes transgenres ».

Au-delà du caractère ouvertement transphobe de cette attaque, cette affirmation est absolument fausse : le festival des Trans Musicales n’a rien à voir avec une programmation d’artistes transgenres. Créé en 1979 par l’association rennaise Terrapin, son nom renvoie en réalité à une référence musicale, un album de free-jazz collectif intitulé Trans Musiques – Concert à Paris, enregistré en 1978. 

Le député a depuis reconnu une « erreur ». Mais cet épisode en dit long. Il révèle une vision de la culture fondée sur la suspicion, l’approximation et la stigmatisation. Derrière cet amendement — finalement retiré — se dessine en creux un projet politique plus large : remettre en cause des financements associés aux enjeux LGBTQI+, et plus largement fragiliser des espaces culturels perçus comme non conformes à une certaine norme : celle du RN.

En affaiblissant cet écosystème, c’est tout notre modèle culturel qui vacille, au détriment des territoires ruraux, des villes moyennes et des quartiers populaires.

Là où le Rassemblement National gouverne, la culture ne disparaît pas toujours frontalement : elle est orientée, triée, affaiblie — jusqu’à perdre ce qui fait sa liberté.

Sans culture, la République recule

Nous le disons avec conviction : la culture est un service d’intérêt général. Elle favorise l’innovation, la diversité et le dialogue des idées. Elle est aussi un rempart contre l’obscurantisme, le repli et la haine de l’autre.

Là où les fractures sociales et territoriales sont les plus fortes, là où les populismes prospèrent, la culture est essentielle : elle permet l’émancipation, l’esprit critique, la rencontre et le débat. La fragiliser, c’est laisser le champ libre à la peur.

Les inégalités culturelles, d’ailleurs, commencent très tôt. Dès l’entrée à l’école, le capital culturel d’un enfant dépend largement de son milieu social, nourrissant un déterminisme qui menace la cohésion nationale.

C’est pourquoi nous défendons une culture présente dès la petite enfance, avec des temps d’éveil culturel et des professionnels formés, pour que l’accès à la culture ne dépende plus des origines ou des revenus.

Tenir le cap est un choix politique

Le resserrement culturel s’inscrit dans un cadre financier global dégradé. Quand le budget général recule, les arbitrages deviennent plus durs. Mais le débat n’est pas uniquement comptable, il est profondément politique.

Les Régions ont un rôle central à jouer. Face au recul national et au manque de vision de l’État, certaines collectivités font le choix de la responsabilité.

En Occitanie, nous avons fait un choix clair : malgré une baisse de 500 millions d’euros de dotations de l’État sur trois ans, nous avons maintenu les budgets de la culture. Ce choix a permis de soutenir le tissu culturel local, de structurer des filières culturelles et créatives et de créer plus de 4 000 emplois en dix ans.

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Soutenir la culture, ce n’est pas une dépense. C’est un acte politique.

Un choix de société

Aujourd’hui, deux visions s’opposent clairement.

Celle qui considère la culture comme une variable d’ajustement, voire comme un outil de tri idéologique, au risque d’en réduire la diversité et la portée émancipatrice.

Et celle que nous portons avec La République en Commun : une culture libre, ouverte, accessible à toutes et tous, qui fait le pari de l’intelligence collective et de l’émancipation.

Ce que montrent Perpignan, Fréjus ou Orange, c’est que ces politiques ne relèvent pas du hasard. Elles traduisent une vision de la culture comme outil de sélection et d’orientation des expressions artistiques, loin de l’idéal de liberté et de diversité que nous défendons

Face aux reculs observés et aux stratégies de fragilisation à l’œuvre dans certains territoires, nous faisons un choix sans ambiguïté : celui de défendre la création, la liberté artistique et l’accès de chacune et chacun à la culture.

Car soutenir la culture, ce n’est pas une dépense. C’est un acte politique. Un acte au service de l’égalité, de la liberté et de la démocratie.

L’équipe de La République en Commun

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