Articles
SERIE

LA FABRIQUE DU FAUX | Episode 2 – Le RN contre l’économie

Publié le 26 février 2026
Partager
Non-le-RN-nest-pas-le-parti-du-pouvoir-dachat
Partager

Le Rassemblement national n’a cessé de voter contre les mesures successives de relance de l’économie. S’il a accepté de voter les plus évidentes, l’addition de ses votes «  contre » coûterait très cher à la France. Le RN n’est pas le parti du pouvoir d’achat : passage en revue des mesures les plus emblématiques qu’il a refusé de voter.

 

«  Nous sommes le parti du pouvoir d’achat » 

C’est ce que déclarait Jordan Bardella en 2025, depuis repris par de nombreux cadres du Rassemblement national. En cohérence, le patron du RN a donc mis en application sa doctrine en votant contre l’augmentation du SMIC à 1500 euros (net) pour une personne seule.

Le patron du parti avait pourtant déclaré : «  Une bonne économie, ce sont des bons salaires, c’est une juste rémunération et les salaires sont trop bas aujourd’hui dans notre pays. » La raison ? « Si vous passez votre temps à augmenter seulement le Smic, vous avez les classes moyennes qui voient leur pouvoir d’achat stagner depuis dix à quinze ans », explique le député RN Jean-Philippe Tanguy, reprenant à son compte le traditionnel récit conservateur : plus les salaires sont hauts, plus les prix augmentent. Une théorie qui ne s’est pas vérifiée.

Les députés RN ont non seulement refusé de ramener automatiquement les salaires des personnes recrutées sur les taux d’inflation mais ils ont également réfuté l’indexation des salaires sur les prix. En clair, quand un salarié est augmenté, l’inflation n’est pas prise en compte. Sur une année comme 2021, cela engendre une perte moyenne de 11% sur le salaire en fin d’année.

Les députés RN ont par ailleurs rejeté la demande de surtaxe des produits pétroliers et des profits bancaires. Deux impôts qui portaient pourtant sur les puissants.

Rappelez-vous : le RN est le parti du pouvoir d’achat. Jusqu’à ce qu’il faille le démontrer.

 

«  Nous privatiserons l’audiovisuel public »

Privatiser, c’est ce que souhaite le Rassemblement national. Si l’on veut renoncer à l’investigation, à l’indépendance, au service public de l’information, on peut économiser 2 milliards d’euros par an. Mais à la fin, quelle information restera ? Pas de réponse du RN. Sous-entendu : la presse rentable effectuera son travail.

 

«  Nous exonérerons d’impôt sur le revenu tous les jeunes actifs jusqu’à 30 ans».  

Exonérer d’impôt sur le revenu l’ensemble des jeunes actifs jusqu’à 30 ans, c’est ce que proposait le RN dans son projet économique en 2024.

Au-delà de l’approximation autour du coût d’une telle mesure que le RN évalue à 2 milliards d’euros par an (estimé à 3,7 milliards d’euros par an par l’Institut Montaigne en 2022), la mesure aurait un caractère inconstitutionnel, en raison de la différence de traitement injustifiée vis-à-vis du reste de la population active.

Mais même dans le cas d’une extension à l’ensemble de la population active, cette mesure représenterait un effort de près de 20 milliards d’euros. 

«  Soutien total aux jeunes agriculteurs »

Les eurodéputés du RN ont voté contre le rétablissement de prix planchers aux agriculteurs avant de s’abstenir au vote final. La contradiction est double : non seulement les jeunes ne sont pas davantage aidés mais encore, leurs aides restent bloquées.

 

« Nous remplacerons l’impôt sur la fortune immobilière par l’impôt sur la fortune financière »

Dans son projet, le RN souhaiterait faire un joli cadeau à destination des 1% les plus riches : remplacer l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) en impôt sur la fortune financière (IFF). 

Le but selon le parti ? Exonérer les résidences principales de tout impôt sur la fortune. Cela «  protégera les classes moyennes qui entraient parfois dans l’ISF du fait de la simple valorisation d’un patrimoine immobilier familial » selon l’amendement présenté par le groupe RN.

Pourquoi est-ce un cadeau aux plus fortunés ? Aujourd’hui, sont concernées par l’IFI les personnes dont le patrimoine immobilier net dépasse 1,3 million d’euros. Or, moins d’1% des Français détient effectivement un patrimoine de plus de 1,3 million d’euros. De plus, la résidence principale bénéficie déjà d’un abattement fiscal de 30% avec l’IFI actuel. Seules les résidences principales d’une valeur de plus de 1,9 million d’euros sont aujourd’hui concernées par l’impôt. Les «  classes moyennes » du RN.

Plus encore, ce nouvel impôt devrait rapporter moins que l’ancien impôt de solidarité sur la fortune (ISF), qui existait avant 2018, et qui rapportait 5 milliards d’euros aux finances publiques. En cohérence, le RN avait ainsi voté contre son rétablissement lors de l’examen du Budget 2023. Toujours du côté des plus gros. 

 

« Nous réduirons la TVA sur l’énergie de 20% à 5,5%, sauf sur les renouvelables » 

Une telle mesure ne serait pas possible sur le marché de gros, hormis pour quelques mesures bien spécifiques (en dehors des énergies renouvelables). Mais si cela le devenait, la France perdrait ses marchés à l’export d’une activité redevenue rentable. Par ailleurs, il s’agit d’une mesure uniforme : or, les ménages pour lesquels la consommation d’énergie représente une contrainte sont les ménages les plus modestes.

 

«  Nous baisserons notre contribution à l’Union européenne. » 

« Il n’y a pas de raison qu’on demande des économies à tout le monde, qu’on rationalise les dépenses de l’État et qu’on ne rationnalise pas les dépenses de fonctionnement de l’Union européenne ». Voici ce que déclarait Jordan Bardella devant les organisations patronales le 20 juin 2024.

Le RN souhaite ainsi baisser de près 5 milliards d’euros la contribution française à l’Union européenne – qui s’élevait à 21,6 milliards d’euros, faisant de la France le deuxième contributeur net des Etats membres. Le parti ajoute vouloir un plafonnement à 20 milliards d’euros. 

Mais c’est oublier un peu vite un élément clé : si la France reste contributeur net de l’Union, elle reçoit en retour. Ainsi, si la France baissait sa contribution, quid de la défense d’une politique agricole commune (PAC) importante et ambitieuse par exemple ?

En effet, la France reçoit chaque année 9,5 milliards d’euros de subventions agricoles, en faisant le premier bénéficiaire de la PAC. Il n’est pas envisageable que des Etats membres comme la Pologne ou la Hongrie consentent à recevoir moins tout en maintenant le niveau de la PAC française en retour. En d’autres termes, il est tout à fait improbable d’obtenir et un rabais et le maintien du budget de la PAC. Elle se retrouverait dès lors menacée. Agriculteurs, éleveurs, conchyliculteurs :  accrochez-vous !

 

«  L’immigration coûte cher »

«  L’immigration coûte cher« . C’est ce qu’a déclaré Sébatien Chenu en décembre 2021. Revendication principale du Rassemblement national, la réduction du « coût » de l’immigration, estimé par le parti à près de 60 milliards d’euros par an.

Un coût, vraiment ? Ce serait oublier ce que rapporte l’immigration à la France – au-delà de tout enrichissement ou bienfait culturel. Evalué par l’OCDE, l’impact budgétaire des immigrés est positif pour la France, tendance constatée dans 25 pays de l’OCDE entre 2006 et 2018 : «  La contribution des immigrés sous la forme d’impôts et de cotisations a été supérieure aux dépenses publiques consacrées à leur protection sociale, leur santé et leur éducation« , selon l’organisation. Pour la France, cette contribution budgétaire nette atteindrait 1,02% du PIB. Soit près de 29 milliards d’euros pour l’année 2024. Lissé sur plusieurs années, cet impact budgétaire oscille entre contribution faiblement négative et positive pour les finances publiques. 

Enfin, et contrairement à ce qu’il avance pour défendre son projet, les étrangers n’ont pas plus de droits que les Français, et en ont même souvent moins.

Réduire l’immigration est donc un non-sens pour les comptes publics.

Voici leur programme économique, voici leurs votes. Le Rassemblement national aime se présenter comme “le parti du pouvoir d’achat”. Il n’en est rien. Sous couvert de défendre le porte-monnaie des Français, il vote contre — ou s’abstient sur — des mesures qui, précisément, améliorent concrètement le pouvoir de vivre

Ce ne sont là que quelques exemples du double discours que tient le Rassemblement national et ses cadres. On pourrait en ajouter bien d’autres. 

Il en va ainsi de la suppression du RSA et des prestations solidarité aux familles de mineurs ayant au moins 5 ans de présence en France, qui est totalement inconstitutionnelle. Même chose pour les restrictions de mesures et d’aides aux familles de récidivistes, ou l’exonération de l’impôt sur le revenu aux retraités qui reprendraient du service, qui constituerait une contravention à l’égalité devant l’impôt sur le revenu.

Sur le logement également, le RN s’est opposé avec virulence au gel du barème des loyers préférant laisser le marché dicter sa loi. Il s’oppose aussi à des mesures de levée de la dette de l’Union européenne.

Voici leur programme économique, voici leurs votes. Le Rassemblement national aime se présenter comme “le parti du pouvoir d’achat”. Il n’en est rien. Sous couvert de défendre le porte-monnaie des Français, il vote contre — ou s’abstient sur — des mesures qui, précisément, améliorent concrètement le pouvoir de vivre : hausse des salaires, protection des consommateurs, régulation des prix de l’énergie, encadrement des marges excessives, investissements publics utiles…

Il y a là un double discours. Et derrière le vernis social, la réalité des votes raconte une autre histoire. Non, le Rassemblement national n’est pas le parti du pouvoir d’achat. Il est le parti de l’ambiguïté : ferme dans les mots, hésitant dans les actes. 

L’équipe de La République en Commun 

 

A venir – Episode 3 : Non, Marine Le Pen n’est pas Mylène Farmer.

Partager