Témoignages

Joël Aviragnet : « La santé mentale doit être une grande cause nationale »

Publié le 25 février 2026
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Joël Aviragnet, député PS de Haute-Garonne, et Chantal Jourdan, députée PS de l’Orne, sont à l’origine d’un projet de loi « transpartisan » pour que la santé mentale devienne une grande cause nationale. Joël Aviragnet espère que cette loi, qu’il défend depuis deux ans, pourra être abordée au Parlement en juin prochain.

 

Vous vous êtes penchés de longue date sur la santé mentale. Le constat est alarmant…

Oui complètement. Nous avons proposé, dès octobre 2023, avec Chantal Jourdan et 120 députés de tous bords (sauf les extrêmes) 10 grandes mesures pour une meilleure santé mentale.

Nous avons mené beaucoup d’auditions, d’associations d’usagers, de professionnels, de psychiatres sur la santé mentale, de manière très globale. Nous nous sommes également rendus dans les hôpitaux psychiatriques, où l’on savait que des pratiques un peu novatrices étaient mises en œuvre dans l’accompagnement et la prise en charge des malades mentaux.

 

Quelles leçons en avez-vous tirées ?

Tout ce qui concerne la contention et l’isolement arrive quand les situations n’ont pas été anticipées. À Lille, on privilégie l’ambulatoire et les gens sont pris en charge dès que ça commence à aller mal.

Et on intervient sur la globalité, le logement, le travail, etc. Le constat de la santé mentale des Français, ce n’est pas qu’une formule c’est un vrai problème de société. On vit dans une société qui pousse à l’individualisme et qui, de fait, isole les gens. Le traitement de la santé mentale coûte de plus en plus cher en termes de dépenses. 163 millions d’euros en termes de dépenses, c’est colossal ! Débloquer des moyens pour répondre aux besoins, ça permettrait de faire de réelles économies.

Le constat de la santé mentale des Français, ce n’est pas qu’une formule c’est un vrai problème de société.
Joël Aviragnet, député de la Haute-Garonne

Que proposez-vous comme solution ?

Nous avons proposé 10 mesures, en nous appuyant en priorité sur l’ambulatoire :

  • En urgence, revaloriser les rémunérations des professionnels de la santé mentale, recréer des postes et de l’attractivité
  • Construire pour la Nation une vision pluriannuelle de la santé mentale
  • Aller vers une organisation graduée et décloisonnée de l’offre de soins s’appuyant en priorité sur l’ambulatoire
  • Mettre en cohérence le financement des acteurs de la santé mentale avec les nouvelles ambitions
  • Poursuivre l’objectif « zéro contention, zéro isolement »
  • Avoir une attention particulière pour la santé mentale de l’enfant, de l’adolescent et de l’étudiant
  • Faire de la santé mentale des travailleurs une priorité
  • Mieux prendre en charge le handicap psychique et les troubles du neurodéveloppement
  • Répondre à l’éco-anxiété croissante de la population
  • Développer la prévention et les interventions précoces

Il faut d’abord des moyens financiers. On souffre d’un manque de médecins, de personnel médico-social. Mais il n’y a pas que la question des moyens. Se pose aussi celle des pratiques à faire évoluer. On doit éviter l’hospitalisation à long terme et privilégier l’ambulatoire. Le nombre de lits psychiatriques a diminué de 60% depuis 40 ans. Mais aujourd’hui, nous plaidons pour qu’une place ambulatoire soit financée à même hauteur qu’une place en psychiatrie en service fermé. Pourquoi ? Parce qu’on a besoin d’avoir à côté des équipes pluridisciplinaires, suffisamment dotées. Il faut que l’ambulatoire prenne en charge la personne dans sa globalité sur les questions du travail, du logement, de la santé, de l’éducation…

 

La santé des travailleurs constitue un sujet de préoccupation majeure dans vos réflexions…

C’est, en effet, c’est un réel problème. On a un peu de mal à le prendre en compte parce qu’on se heurte au milieu des entreprises ou tout simplement au droit du travail…

 

Où en est votre proposition de loi dans l’agenda parlementaire ?

Nous essayons de la faire inscrire à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale du mois de juin prochain. Nous faisons du lobbying auprès des présidents de groupe. Elle est déjà passée en commission et puis le gouvernement est tombé, ça retombe. Donc là il faut Il faut reprendre son bâton de pèlerin. C’est un enjeu de société très important…

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