Mes chers amis,
« Et la joie de vivre ». C’est le titre du livre de Gisèle Pelicot qui paraîtra demain, mardi 17 février, un an après le procès hors normes qui a conduit à la condamnation de son ex-mari ainsi que de cinquante autres hommes pour viol, tentative de viol et agression sexuelle.
Gisèle Pelicot est une femme d’un courage rare. Elle est devenue, malgré elle, le visage de la lutte contre la soumission chimique et contre les violences sexistes et sexuelles. Face à ses bourreaux, elle n’a pas baissé les yeux. Elle a choisi que l’audience soit publique. Elle a choisi que la honte change de camp.
Devant une telle force, devant une telle dignité, nous ne pouvons qu’être admiratifs.
Le titre de son livre, écrit avec la journaliste et romancière Judith Perrignon, dit tout de son état d’esprit : la volonté de ne pas laisser la violence confisquer la vie ; sa vie. « Je ne peux pas oublier ce qui s’est passé. C’est une cicatrice qui ne se refermera jamais. Mais, dans toute cette boue, j’ai voulu mettre de la couleur. Je n’ai pas voulu m’effondrer parce que cela aurait donné raison aux hommes qui sont venus me violer. Jamais ! » a-t-elle dit à Ouest-France.
Ces mots bouleversants sont d’une puissance immense. Ils disent la douleur. Ils disent l’irréparable. Mais ils disent surtout la volonté de rester debout et, défiant l’horreur, heureuse.
Son courage nous oblige. Alors que chaque jour apporte son lot de révélations sordides sur l’abjecte affaire Epstein, il nous rappelle que la lutte contre les violences faites aux femmes est un combat de chaque instant et que la France reste dramatiquement en retard : toutes les deux minutes, une femme est victime de viol, tentative de viol ou agression sexuelle. Toutes les vingt-trois secondes, une femme subit du harcèlement ou des actes à caractère sexuel non sollicités.
Son courage nous rappelle que rien n’est inéluctable. Qu’il faut prévenir, protéger, éduquer, transformer. Que la justice est indispensable, mais qu’elle ne suffit évidemment pas. Que nous devons collectivement faire davantage, faire mieux, faire enfin de ce combat une priorité réelle avec des moyens à la hauteur.
Son courage, comme celui de toutes celles qui ont brisé le silence, nous engage à ne rien lâcher dans cette lutte.
J’y prendrai toute ma part.
Carole Delga
« Et la joie de vivre » (2026) de Gisèle Pelicot, Flammarion