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Giorgia Meloni la démonstration par les faits ?

Publié le 08 avril 2026
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Derrière les promesses d’ordre et de souveraineté, l’expérience italienne met en lumière une réalité têtue : celle d’une extrême droite incapable d’améliorer concrètement les conditions de vie, et contrainte, une fois au pouvoir, de se plier aux logiques économiques qu’elle prétendait combattre.

Depuis 2022, Giorgia Meloni est souvent présentée comme la preuve d’une extrême droite « crédible ». Les faits racontent une autre histoire. L’économie italienne reste marquée par une croissance structurellement faible, autour de 0,7 % à 1 % par an hors rebonds ponctuels, et une productivité stagnante depuis deux décennies. Dans le même temps, près d’un Italien sur dix vit en situation de pauvreté absolue, et plus d’un sur cinq est exposé au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale.

Dans ce contexte, les choix du gouvernement sont éclairants. La suppression progressive du « revenu de citoyenneté », qui concernait plusieurs millions de bénéficiaires, a fragilisé les ménages les plus précaires sans créer d’emplois durables. Côté travail, l’absence de salaire minimum légal maintient une situation dans laquelle près de 10 % des salariés sont considérés comme « travailleurs pauvres ». Quant aux politiques fiscales, elles n’ont pas corrigé les déséquilibres. La pression reste relativement plus forte sur le travail que sur le capital, et les grandes fortunes ou les rentes ne sont pas significativement mises à contribution.

Surtout, la promesse de rupture avec les contraintes européennes s’est dissipée. La dette publique italienne, environ 140 % du PIB, impose une discipline budgétaire stricte. Résultat : le gouvernement Meloni s’inscrit dans une trajectoire de maîtrise des dépenses, limitant les marges de manœuvre pour les services publics et l’investissement social. Loin de remettre en cause ce cadre, il l’accompagne. Autrement dit, l’extrême droite gouverne «  comme les autres », sans jamais s’attaquer aux causes structurelles des inégalités.

Face à cette impasse économique, le pouvoir, comme à son habitude, déplace le débat. L’immigration devient un marqueur central, alors même que les arrivées par la Méditerranée fluctuent fortement selon les années et restent liées à des facteurs géopolitiques profonds. Et, malgré les annonces répétées de fermeté produisent des effets limités. L’Italie demeure un point d’entrée majeur en Europe, et son économie continue de dépendre d’une main-d’œuvre étrangère dans plusieurs secteurs clés. Mais l’objectif est ailleurs. Il vise à entretenir une conflictualité permanente pour éviter que les questions de salaires, de logement ou de services publics ne dominent l’agenda.

L’Italie offre ainsi une leçon précieuse. L’extrême droite ne constitue pas une alternative économique crédible, ni une promesse de rupture, mais elle organise seulement une forme de continuité déviante.

Cette stratégie de diversion s’accompagne d’un durcissement idéologique. Restrictions visant certaines formes de parentalité (couples de même sexe), discours conservateurs sur les droits (IVG), stigmatisation de groupes minoritaires… autant d’éléments qui fragmentent la société.

Pendant ce temps, les inégalités se creusent. Les 20 % les plus riches continuent de capter une part disproportionnée des revenus, tandis que les classes populaires subissent l’inflation, notamment sur l’énergie et l’alimentation.

Enfin, lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous, la tentation de contourner les contre-pouvoirs s’affirme. Les projets de réforme institutionnelle visant à renforcer l’exécutif, les tensions avec la magistrature ou les critiques récurrentes contre les médias traduisent une difficulté à accepter les mécanismes de régulation démocratique. Là encore, il ne s’agit pas d’un accident, mais d’une logique : celle de gouverner sans transformer, qui conduit à gouverner en contraignant toujours davantage.

L’Italie offre ainsi une leçon précieuse. L’extrême droite ne constitue pas une alternative économique crédible, ni une promesse de rupture, mais elle organise seulement une forme de continuité déviante. Elle prétend protéger, mais ne se soucie guère des causes réelles de la précarité ou du désarroi, invoquant le peuple en refusant toute redistribution des richesses.

Pour la gauche, partout, l’enjeu consiste profondément à opposer, à cette impasse, et même, un projet de société et une direction.

Hausse des salaires, conditionnalité des aides publiques, réforme fiscale progressive, investissements massifs dans les services publics et la transition écologique… ce ne sont que quelques piliers sur lesquels de nouvelles idées audacieuses doivent s’appuyer pour gagner la bataille politique et démocratique contre l’extrême droite.

L’équipe de La République en Commun

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