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Génération désenchantée ? Redonnons espoir à la jeunesse !

Publié le 15 janvier 2026
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Demographie-France
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Le désarmement démographique du pays se poursuit avec une nouvelle baisse de la natalité. Face à un monde et à des lendemains de plus en plus incertains, la chute du «  désir d’enfant » traduit le mal-être d’une jeunesse en quête d’optimisme et de solutions d’espoir.

C’est une première depuis 1944. Le nombre de décès en France a été supérieur à celui des naissances en 2025. Environ 645 000 bébés sont nés quand 651 000 personnes ont perdu la vie.

La France n’échappe plus à un phénomène de dénatalité constaté dans tous les pays de l’UE depuis le début du siècle. Le taux de fécondité, estimé par l’INSEE à 1,58 enfant par femme de 18 à 42 ans se rapproche de la moyenne des 27 (1,37) et s’éloigne année après année du seuil de reproduction des générations (2,1).  Le phénomène n’est pas limité à la «  vieille Europe » : de la Californie au Japon en même désormais en Inde, le monde de 2025 vieillit très vite. Celui de 2040 sera peuplé de cheveux gris. Il est d’ailleurs édifiant de constater que la population mondiale progresse par le haut de la pyramide des pages et non par le bas y compris dans un pays comme le Sénégal :  l’espérance de vie atteint 70 ans cette année et la fécondité passe sous les 3 enfants par femme.

Les démographes ont analysé les causes multiples de cette dénatalité en France : allongement des études, baisse de la fertilité, difficultés à trouver un premier emploi stable et à acquérir un logement, moyens de garde d’enfants insuffisants ou coûteux, instabilité des couples, angoisses environnementales, frein à la carrière et à la mobilité professionnelle ou géographique…  Le fameux « désir d’enfant » se heurte à des obstacles sanitaires, sociaux, psychologiques et sans doute aussi à l’individualisation de nos vies. Précisément la qualité de notre modèle social a retardé l’échéance par rapport à nos voisins espagnols, allemands ou italiens.

Ces modes de vie caractéristiques de notre époque bloquent tout « réarmement démographique », formule maladroite et incantatoire du président de la République, Emmanuel Macron, non suivie d’effets.

Quand c’est possible, il appartient pourtant aux pouvoirs publics d’agir pour corriger les facteurs sociaux : ce n’est pas en baissant les Aides Personnalités au Logement (APL) et en laissant flamber les charges d’électricité que l’on facilitera l’accès à un logement pour les jeunes couples. Ce n’est pas en réduisant les budgets des collectivités locales que l’on permettra la construction de crèches que l’on formera des éducateurs. Le regard sur les carrières des mères des familles dans le monde professionnel doit aussi changer et les services publics doivent aussi être adaptés aux contraintes des métiers les plus pénibles : 36 % des salariés travaillent le samedi, 17% après 19 heures et moins de 4% des crèches sont ouvertes dans ces moments-là.

Notre jeunesse a besoin de retrouver de l’optimisme et de l’espoir. Ce doit être une ambition partagée par toutes et tous.

La question centrale se situe ailleurs : comment éveiller un désir d’enfant quand un jeune de 18 à 24 ans sur quatre et un jeune de 25 à 34 ans sur cinq déclare ne pas se sentir bien dans sa peau ? Cette génération a-t-elle envie de transmettre ce mal-être à la prochaine ? Par rapport à l’année 2001, la proportion de jeunes à la santé mentale précaire a doublé. La crise sanitaire de 2020 a renforcé un processus entamé il y a une quinzaine d’année au moment de la crise mondiale de 2008 et de l’irruption massive du numérique dans nos vies, nos relations sociales, nos emplois.

Par dogme du laisser-faire, base du néolibéralisme, les gouvernants ont laissé les « inégalités à la naissance » se creuser, les services publics se dégrader, les algorithmes diriger l’information. Premières victimes : les plus précaires, les plus jeunes. Et si on profitait de cette baisse démographique pour soigner leurs anxiétés, faciliter leurs études, préparer leur insertion dans la société des adultes ? Notre jeunesse a besoin de retrouver de l’optimisme et de l’espoir. Ce doit être une ambition partagée par toutes et tous. Ne réduisons pas cet enjeu au financement de notre protection sociale même si cet aspect ne doit pas être négligé : le croisement des courbes naissances-décès intervient à un moment où les classes d’âge très nombreuses de l’après-guerre atteignent les seuils de l’espérance de vie donc ce n’est que le début de la flambée des coûts sanitaires et sociaux liés au vieillissement. Il serait dangereux de céder à la tentation de s’occuper en priorité des plus âgés au poids démographique et politique plus important.

La solidarité doit être partagée entre les générations. De la petite enfance jusqu’au demi-siècle, notre société doit repenser son modèle pour la jeunesse. Dans sa chanson «  Petite Angèle », Daniel Balavoine, disparu il y a 40 ans dans les dunes du Sahara, écrivait : “La jeunesse aujourd’hui est une douleur en manque de compréhension.” Il serait temps d’y remédier…

L’équipe de La République en Commun