La filière agro-alimentaire française décrocherait. Les raisons sont nombreuses et les solutions pas toujours simples à mettre en œuvre.
C’est un constat partagé et historique. La filière agroalimentaire a subi un décrochage impressionnant en 2025. Certes, l’excédent commercial alimentaire reste positif avec 200 millions d’euros mais c’est le chiffre le plus bas depuis 25 ans. En 2024, l’excédent s’établissait à 3,9 milliards d’euros, déjà en repli de 26% par rapport à l’année précédente ! Le décrochage s’avère donc spectaculaire.
Les raisons sont multiples. La spéculation sur les marchés du café et du cacao a impacté le coût des matières premières très consommées dans notre pays.
On peut y ajouter la forte hausse des prix de produits laitiers (le beurre en premier lieu) et de la viande. Voilà pour les importations.
Parité euro-dollar
Du côté des exportations, les poids lourds que constituent les vins et spiritueux ont vécu une année compliquée. Il y a bien sûr la hausse des droits de douanes aux Etats-Unis mis en place par Donald Trump ainsi que la parité euro-dollar, qui a plus que pénalisé les professionnels français.
Mais ça n’est pas tout. Les exportations ont également dû composer avec les mauvais résultats de la filière céréalière, qui n’a pu faire de miracle avec la faible récolte de 2024.
Les faits sont là. Reste l’analyse. Dans une récente note, l’INSEE confirme que le phénomène vient de loin.
Cités par Les Echos, deux experts de l’Institut national ont analysé les 15 dernières années. Leur conclusion est limpide : « la dégradation du solde commercial en produits alimentaires provient d’une détérioration des volumes, surtout pour les boissons, les viandes et les produits laitiers ».
Si les perspectives semblent plus rassurantes pour 2026, en lien notamment avec la bonne récolte des céréales en 2025 et une baisse des cours du cacao et du café, la tendance a de quoi inquiéter.
Des productions affaiblies
Egalement interviewé par Les Echos, l’économiste Thierry Pouch, observateur depuis 30 ans le secteur pour Chambres d’Agriculture France évoque, rien moins, que « le risque d’une forme de « désagricolisation » de la société » : « Nous restons certes le premier pays agricole européen mais notre poids est passé de 20% de la production totale de l’Union Européenne à 16% aujourd’hui à la faveur de la montée en puissance d’autres agricultures du continent comme l’Espagne ou le Portugal. Si la France perd des points, c’est lié aussi à l’affaiblissement de la production ».
Alors quels éléments pourraient aider à inverser la tendance ? Thierry Pouch esquisse des pistes : « On a suffisamment d’atouts pour rebondir, en termes d’image, de qualité et de savoir-faire. Il faut aussi lever des freins sur la production. Pour la viande bovine, on reste excédentaire sur les animaux vivants (les broutards qu’on exporte vers l’Italie ou l’Espagne) mais le déficit se creuse sur la viande abattue ou transformée. Et il n’y a plus assez d’éleveurs ».
Dernier point, l’envol de l’Euro. On est quasiment à 1 euro pour 1,20 dollar, ce qui est terrible pour la compétitivité. Thierry Pouch en est convaincu : « Sur un plan plus global, il faut faire prendre conscience à nos concitoyens que l’agriculture reste un élément déterminant pour les équilibres de la société et du monde ».
Autre expert, Dominique Chargé, président de la Coopération agricole. Son avis, relayé par le Figaro, mérite qu’on s’y arrête en termes de prospective pour sortir la tête de l’eau : « Il n’est pas trop tard pour inverser le sens de la pente mais il y a urgence à redonner des moyens de production à nos agriculteurs. Sans cela, ils ne s’engageront pas dans l’acte de produire et cela tuera des filières car faute de production, on fermera des outils industriels. Il faut sécuriser l’acte de produire avec notamment la question de la ressource en eau qui est primordiale. Quand l’Espagne stocke 50% de ses eaux excédentaires, la France plafonne à 1% » .
Le débat est ancien mais les solutions à ces problèmes majeurs doivent aussi être appréhendés localement.
L’équipe de La République en Commun
L’exemple occitan
La Région Occitanie s’apprête à présenter un pacte sur la souveraineté alimentaire, « Produire pour nourrir sainement », pour lequel l’accent sera particulièrement mis sur l’acte de production, la nécessite pour l’agriculture d’Occitanie de plus et mieux produire. A titre d’exemple, est évoquée la reprise en main sur les maillons de transformation (qui permet de la valeur ajoutée sur le territoire) et de commercialisation avec un dialogue plus nourri avec la grande distribution régionale. Enfin ce pacte d’inscrira dans la future réforme de la PAC afin d’anticiper les évolutions post 2027.
Ce plan fera l’objet d’une large concertation avec la profession agricole. Un véritable cap pour l’agriculture régionale.
A méditer au niveau national…