Depuis le 27 janvier 2026, les Etats-Unis sont officiellement sortis de l’Accord de Paris sur le climat. En se retirant comme il l’avait fait en 2017, Donald Trump met en péril l’objectif déjà mal en point de limiter le réchauffement climatique à +1,5°. Sans retournement de la situation aux Etats-Unis et vraie volonté politique, les dérèglements et les dégâts liés au réchauffement de la planète devraient s’accélérer. Un constat s’impose dans tous les cas : le deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre (11%) après la Chine (28%) ne tiendra donc pas ses objectifs de réduction fixés entre 55% et 60% de 2005 à 2030.
Quelle est la conséquence aux Etats-Unis ?
Les émissions de gaz à effet de serre ont de nouveau augmenté aux Etats-Unis en 2025 (+ 2,4 %) après deux années de recul. L’hiver particulièrement froid et une augmentation de la demande d’électricité et donc du recours au charbon, en sont la cause. Les attaques de Donald Trump contre les objectifs de transition ne manqueront pas d’aggraver la situation.
Dommage, car sous l’administration Obama, un chemin encourageant avait été emprunté. La promesse de « faire l’Amérique à énergie positive en 2050 » (MAPE 2050) ne sera pas tenue par l’Amérique du MAGA. Tout juste, le reste du monde peut espérer qu’à partir de 2028 soit conduite une politique très volontariste de reconquête du nucléaire et de développement du renouvelable. Tout ce que Trump ne veut plus.
Si l’on met de côté les pays du Golfe et quelques gros producteurs d’or noir (Nigeria, Venezuela, Indonésie, Cameroun) et le Canada (+28,5% depuis 1990 !), les Etats-Unis sont devenus la nation productrice de pétrole la plus dépendante aux hydrocarbures pour sa consommation énergétique. Un vrai gâchis.
Quel est l’impact mondial de cette décision ?
Au-delà du coup de poignard à l’objectif mondial, les Etats-Unis envoient un très mauvais signal à des pays réticents, pas forcément affidés d’ailleurs : la Pologne, qui n’entend pas renoncer au charbon avant 2100 ; l’Allemagne, hostile au moteur électrique et même le voisin canadien, toujours accro au pétrole qui ne lui coûte pratiquement rien.
C’est une gifle pour les nations du Pacifique, pour les pays africains les plus menacés par la montée des eaux. Et une vraie catastrophe pour… le Groenland, par exemple, avec la montée des températures.
L’objectif est-il de toute façon inatteignable ?
Oui, selon tous les experts du Groupe International en climatologie (GIEC) mandatés par l’ONU, la tendance est très mauvaise pour limiter la hausse du thermomètre à +1.5° degré à la fin du XIXe siècle. La trajectoire actuelle conduirait à +2,8° et ce serait un minimum estimé dans sa dernière publication le GIEC l’ONU. Les iliens des Nouvelles-Hébrides, des Fidji et de certains atolls polynésiens doivent se préparer à déménager.
Lire : « Dix ans après la cop 21, une ambition contrariée pour le climat »
Pas forcément, selon les dernières études démographiques et les énergéticiens
Deux paramètres nouveaux peuvent encore retourner la tendance dans le bon sens.
- La baisse de la natalité en Asie est plus forte que prévue, y compris en Afghanistan. Cela signifie qu’avant la fin du siècle, le continent le plus peuplé au monde perdra des habitants en très grand nombre malgré la progression de l’espérance de vie. Qui dit moins d’habitants, dit mathématiquement moins d’émissions de GES.
- La montée en puissance des énergies renouvelables en Chine dépasse les prévisions les plus optimistes : quand les Chinois décident d’installer une ferme éolienne, les panneaux sont là sous trois mois et opérationnels dans les six mois qui suivent. Des villes de 10 millions d’habitants sont déjà à énergie positive alors que l’on attendait cet objectif pour 2040. Cet équipement massif peut compenser le ralentissement de la baisse en Europe et aux Etats-Unis.
Pourquoi les résultats en Europe ne sont-ils pas à la hauteur ?
Très décevant, le bilan 2025 pour la France sera de l’ordre de -0,8% alors que l’Allemagne, qui part de beaucoup plus haut, ralentit aussi (-1,5% au lieu de -3% en 2024). Dommage, car les trajectoires étaient dans les temps jusqu’ici : depuis 1990, la France a réduit de 31% ses émissions de GES de 1990 à 2023.
Que se passe-t-il ?
Des pays comme la Pologne ou l’Allemagne traînent des pieds pour fermer les mines et unités de production thermiques.
Les ventes de voitures électriques et hybrides explosent (+30%) mais ne compensent pas la chute des ventes de voitures thermiques. Trop chères, trop consommatrices, pas assez de bornes : la transition ne s’effectue pas au rythme souhaité sauf en Espagne.
Les tarifs d’achat de l’énergie renouvelable sont trop bas et font reculer les investisseurs.
Les projets d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques sont ralentis par des procédures administratives et juridiques très longues.
Et le reste du monde ?
A ne pas négliger : les pays du continent africain, considérés jusque-là comme de faibles émetteurs, ne participent pas réellement à l’effort. Or, la natalité ne faiblit que très peu et surtout l’espérance de vie augmente sans que les revenus suivent.
Plus important encore, le Moyen-Orient est devenu, après la Chine, le deuxième émetteur de la planète en rapport avec sa population. Mais les possibilités pour y développer l’énergie renouvelable y sont multiples et leur exploitation devrait monter en puissance en 2030.
Trump vient de porter un coup fatal aux objectifs de la première moitié du siècle. Mais il n’est pas éternel. Le bulletin de vote des Américains aux prochaines élections sera déterminant.
L’équipe de La République en Commun