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Vingt ans après, le patronat réveille le CPE

Publié le 04 février 2026
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Vingt ans après, le patronat réveille le CPE
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Lutter contre le chômage des jeunes en permettant de rompre leurs contrats sans motif pendant les premières années ? Voici la nouvelle idée du MEDEF. Nouvelle idée ? Pas vraiment. Revoilà le spectre du « contrat première embauche » (CPE). Et vingt ans plus tard, la recette n’a pas changé et n’offre toujours aucune perspective réjouissante pour les jeunes travailleurs.

« Déclaration de guerre contre les jeunes et les salariés » pour Sophie Binet (CGT), « poncifs éculés et populistes » pour François Hommeril (CFE-CGC), « part tactique de provocation » pour la CFDT… C’est peu dire que le document distribué la semaine dernière par le MEDEF lors d’une réunion avec les principaux partenaires sociaux n’a pas laissé indifférent. Et pour cause.

Présentée le 28 janvier, la note dresse plusieurs « pistes » censées améliorer l’emploi des jeunes. Parmi celles-ci, l’instauration d’un contrat à durée indéterminée « pouvant être rompu sans motif pendant les premières années ». S’y ajoutent une réduction des délais entre les contrats à durée déterminée (CDD), voire des rémunérations inférieures au salaire minimum pour les nouveaux entrants sur le marché du travail. Une manière, selon l’organisation patronale, de faire baisser le chômage des jeunes, alors que « 1,4 millions de jeunes ne sont ni en emploi, ni en étude, ni en formation ». Le MEDEF proposait également dans ce document l’instauration parallèle « d’une indemnisation croissante en lien avec l’ancienneté du salarié en cas de rupture » du contrat.

Alors que revoilà… le CPE

Un document qui, donc, a fait bondir les syndicats – CGT en tête. Car le dispositif n’est pas sans rappeler le « contrat première embauche » (CPE) crée en 2006 par le Premier ministre d’alors, un certain Dominique de Villepin.

Ce dernier proposait d’étendre la durée de la période d’essai d’un jeune de moins de 26 ans à deux ans, et donc, tacitement, autorisait le licenciement sans motif durant ce laps de temps. Le CPE avait conduit à une mobilisation massive historique et poussé le gouvernement à reculer avant même son entrée en vigueur. Laurence Parisot, présidente du MEDEF à l’époque, était d’ailleurs elle-même plutôt réservée : « Il n’est jamais bon de traiter les jeunes comme une catégorie à part. Il y a un risque de dévalorisation, des jeunes employés en CPE ». Vingt ans plus tard, le MEDEF de Patrick Martin semble avoir oublié la mise en garde du MEDEF de Laurence Parisot.

Ce n’est pas en paupérisant la jeunesse qu’on lui offrira des perspectives et un avenir meilleurs.

Un patronat nostalgique en mal de boussole

Pourquoi exhumer une idée aussi largement rejetée ? Sans doute parce que le MEDEF cherche à reprendre la main dans le débat public, à l’approche de l’élection présidentielle et après une décennie de politiques de l’offre exacerbée qu’il juge prendre fin. Comme le résumait Sophie Binet en septembre dernier : « Les patrons sont fébriles parce qu’ils sont en train de perdre la bataille des idées. »

Plutôt que d’interroger les causes structurelles du chômage des jeunes, le patronat persiste ainsi à en faire une variable d’ajustement du marché du travail.

Les jeunes méritent mieux

Certes, selon l’organisation patronale, il ne s’agit pas de propositions mais «  de pistes de réflexion soumises aux organisations syndicales et patronales pour nourrir le débat ». Des pistes d’ores et déjà évacuées par le gouvernement, qui renvoie le débat aux programmes des candidats à l’élection présidentielle de 2027.

Affirmons-le : ce n’est pas en paupérisant la jeunesse qu’on lui offrira des perspectives d’avenir. La lutte contre le chômage des jeunes passe par la formation, la revalorisation de l’apprentissage et des filières professionnelles, l’investissement dans la transition écologique comme moteur d’emplois d’avenir ou le renforcement des liens entre l’enseignement supérieur et l’industrie. Aujourd’hui encore, près de 19 % des jeunes pointent au chômage.

Le « CPE » ou le « SMIC jeunes » sont autant de vieilles lunes qui ont surtout produit des mobilisations massives. Le MEDEF devrait s’en souvenir. Avant 2006 et le CPE, en 1994 déjà, le « contrat d’insertion professionnelle » permettant de payer les moins de 26 ans à 80 % du SMIC avait été abandonné par le gouvernement Balladur… après quelques semaines seulement.

L’histoire bégaie, mais la jeunesse, elle, n’a rien à y gagner.

L’équipe de La République en Commun

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Illustration : «  La Cité de la Peur », 1994, : « Alors que revoilà la sous-préfète »