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Carole Delga : «  Un projet agricole pour la France, produire pour nourrir sainement »

Publié le 27 février 2026
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Tribune publiée le 27 février 2026 dans Le Figaro

Quel est l’avenir de l’agriculture française ? Y a-t-il un avenir pour nos agriculteurs dans ce pays ? Ce sont ces questions que j’entends sur le terrain, dans de nombreuses régions ou encore, cette semaine, au Salon International de l’Agriculture.

Alors oui, je l’affirme, l’agriculture française a un avenir. La France, l’Europe, ont besoin de leurs agriculteurs. Car nous devons redevenir une terre de production. Nous devons retrouver un cap : celui de la souveraineté, de la lutte contre une concurrence internationale déséquilibrée, d’une juste rémunération du travail, des réponses adaptées au changement climatique.

Et affirmer, c’est agir : agir pour que l’agriculture française, fidèle à son histoire, reste l’une des forces de notre pays. C’est au final ce qu’exprime, au-delà de crises de plus en plus rapprochées, la colère d’un peuple paysan qui se bat pour sa terre, son métier et son mode de vie. C’est ce que souhaite, très majoritairement, les Français attachés, avec passion et raison, à celles et ceux qui, de l’aube à la tombée de la nuit, travaillent sans compter pour les nourrir, mais pour si peu de revenus et avec trop de complexités administratives.

Au fond, cette crise agricole désormais permanente est à l’image de la France. Un pays sans orientation claire, sans projet fédérateur et mobilisateur. Ce qui laisse la place aux tensions économiques et sociales.

Les réponses apportées par les gouvernements successifs restent largement technocratiques, limitées à des ajustements budgétaires ou réglementaires, au fil des urgences. Ainsi on parle dans les ministères de réaffectation de crédits de la ligne 2832XYZ à la ligne 3638ABC, de transfert entre piliers de la PAC, d’ajustement de normes à la marge… quand les agriculteurs, comme nos compatriotes, attendent une vision, un projet d’avenir.

On ne rassure pas le peuple paysan avec la parole, le verbe, le discours mais par la preuve et le travail. Ce qu’il faut, c’est bâtir un véritable projet agricole pour notre pays, comme ont su le faire en leur temps Edgar Pisani ou Stéphane Le Foll. Sur ce dossier, comme sur bien d’autres, la France doit retrouver l’affirmation de convictions fortes. La mienne, concernant l’agriculture, est claire : produire pour nourrir sainement.

Nous devons revendiquer l’évolution du système des aides à l’hectare, qui créent de la rente, vers des systèmes d’aides à la production, au revenu et à l’emploi, en favorisant la transmission des exploitations aux nouvelles générations.
Carole Delga

Produire, c’est assurer notre souveraineté alimentaire, car aucun responsable politique ne peut se résoudre à l’idée que la balance commerciale française soit désormais déficitaire : notre pays est une grande puissance agricole et doit le rester.

Produire, c’est garantir un revenu décent pour nos agriculteurs, lié à la vente de leurs productions et non aux subventions qui les placent en situation de dépendance. Le peuple de la terre ne mendie pas mais produit.

Mais produire, c’est selon les filières produire plus, mieux. C’est la transformation d’un modèle, moins dépendant du pétrole et des intrants importés, qui ne conduise pas à la décroissance et contribue à la production d’une alimentation saine.

Trop souvent, on demande aux agriculteurs de changer, de s’adapter toujours plus vite, sans leur donner le temps de l’accompagnement et les sécurités nécessaires. Je pense d’abord aux plus petites exploitations. Je refuse qu’ils deviennent les oubliés, méprisés, d’un système.

Pour cela, nous devons imposer notre vision, au niveau national comme à celui de l’Union européenne dans les négociations de la future PAC, pour améliorer la résilience de nos modes de production, sans sur-norme ou sur-transposition. A ce titre, nous devons revendiquer l’évolution du système des aides à l’hectare, qui créent de la rente, vers des systèmes d’aides à la production, au revenu et à l’emploi, en favorisant la transmission des exploitations aux nouvelles générations.

C’est possible et c’est ce que nous faisons en Occitanie depuis plusieurs années. Aujourd’hui, nous élaborons un Pacte régional de souveraineté alimentaire, en concertation avec les représentants de la profession agricole et l’ensemble des filières. J’ai présenté ses premières conclusions et mesures cette semaine au Salon International de l’Agriculture. Elles s’attaquent aux difficultés spécifiques de l’agriculture régionale : baisse de la production agricole, faible structuration des filières de l’amont à l’aval, manque d’outils de transformation, adaptation au changement climatique, etc. Elles participent à défendre une juste rémunération, à garder la valeur ajoutée sur le territoire. Elles valorisent l’enseignement agricole et l’éducation à l’alimentation. Ce projet, à l’échelle d’une région de 6 millions d’habitants dont la filière agroalimentaire est le premier employeur, servira pour la France.

Oui, en tant que présidente des Régions de France, je suis convaincue que nous pouvons élaborer ensemble, par-delà de nos divergences politiques et sans attendre la Présidentielle, un nouveau et grand projet agricole pour notre pays. Une feuille de route construite avec la profession agricole, les filières et les territoires qui tiennent compte des besoins de nos concitoyens et des nouvelles configurations climatiques et géopolitiques. La France est grande quand elle pense grand et agit juste.

Carole Delga

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