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Carole Delga : «  Il n’y a pas de force sans clarté »

Publié le 24 mars 2026
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Tribune de Carole Delga publiée dans Le Nouvel Obs 

Lorsque le rideau tombe sur ces soirées électorales où chacun se déclare «  gagnant », lorsque les projecteurs s’éteignent sur ces grandes villes ensevelies sous les duplex et les sondages, la réalité politique du pays émerge de ce brouillard de phrases et de postures : l’extrême droite continue de progresser, souvent à bas bruit, notamment dans les villes moyennes et les communes rurales, avec un nombre historique de conseillers municipaux et intercommunaux, rendant plus que jamais possible sa victoire en 2027. C’est d’abord à l’aune de ce constat, terrible et terrifiant, que la gauche des appareils doit s’interroger sur son devenir, elle qui a plus à ce jour de candidat(e)s que de projet, elle qui continue de donner un triste spectacle, invectives un jour, alliances un autre, écœurant de plus en plus de sympathisants et d’électeurs.

Je le dis, je le répète, depuis de nombreuses années : il n’y a pas de dynamique sans force. Il n’y a pas de force sans clarté. C’est d’abord comme ça que la gauche a gagné dimanche soir à Paris, à Marseille, à Montpellier, à Lille, à Rennes, à Nîmes, à Rouen, à Saint-Ouen… On ne les obtient pas entre deux tours d’une élection pour sauver, ici un bastion, ou là, quelques postes. On ne les obtient pas en tentant d’effacer nos différences, majeures, sur la marche du monde, l’Europe, l’entreprise, la laïcité, le combat contre le racisme et l’antisémitisme, en reniant nos convictions sur l’autel d’un «  accord technique » qui ne trompe personne, et surtout pas les citoyens. C’est pourquoi j’ai toujours refusé l’alliance avec Jean-Luc Mélenchon. Les résultats le démontrent une nouvelle fois : plus que la défaite et le déshonneur (ce qui n’est pas un détail), au-delà des villes perdues ou gagnées de justesse, cette tambouille accentue le désarroi, la confusion et la défiance, véritable carburant pour les extrémismes.

Agir en faveur de la justice sociale et d’une croissance durable, pour répondre aux maux de la société : tel est notre devoir lorsqu’on représente le camp du progrès. Rassurer et rassembler nos concitoyens : tel est notre chemin lorsqu’on entend assumer des responsabilités au pouvoir, local ou national.
Carole Delga

A l’échelle de l’histoire, de Blum à Mitterrand en passant par le regretté Lionel Jospin, la gauche a gagné lorsqu’elle avait un véritable projet à proposer pour changer la vie des Français. Agir en faveur de la justice sociale et d’une croissance durable, pour répondre aux maux de la société : tel est notre devoir lorsqu’on représente le camp du progrès. Rassurer et rassembler nos concitoyens : tel est notre chemin lorsqu’on entend assumer des responsabilités au pouvoir, local ou national. Dans ce cadre, l’union des forces vives de la Nation n’est pas un jouet que l’on peut casser selon son caprice électoral du moment, c’est le ciment même du redressement. Et l’unité autour des valeurs fortes de la République n’est pas à géométrie variable, mais un cap clair à maintenir, singulièrement lorsque les vents mauvais s’amoncellent.

Face à un peuple anxieux pour son quotidien, sa capacité à vivre dignement, et démuni, face aux conséquences du réchauffement climatique et aux menaces du monde, nous devons faire preuve d’exigence. Exigence politique à retrouver la confiance des Français par l’écoute, le «  prendre soin », le travail et l’humilité pour une nouvelle société qui sécurise les parcours de vie et bouscule l’ordre établi favorable aux nantis. Exigence morale, surtout, par le courage de dire qui nous sommes et ce que nous voulons aujourd’hui et demain. Ce qui a cruellement manqué au Parti socialiste ces dernières années.

Cette double exigence, réclamée par une majorité qui ne se résout pas à la victoire de l’extrême droite, doit désormais être celle de la gauche : retrouver enfin l’esprit de responsabilité qui sied au moment que la France et l’Europe traversent et permettre à nos concitoyens d’espérer un avenir meilleur. Opposer une force collective, d’énergie positive et solidaire face à la force destructrice du Rassemblement national et de ses acolytes, qui ne savent présenter « l’autre », le « différent », que comme une menace.

Carole Delga

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