Le Sénégal a adopté le 11 mars un texte doublant les peines de prison pour homosexualité de cinq à dix ans. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme a exhorté le président du pays à ne pas promulguer la loi qui viole les droits fondamentaux et accentue les discriminations. Dans un pays où l’homophobie est banalisée et institutionnalisée, des vies sont en danger.
« Je parle à l’opinion internationale : Les homosexuels ne respireront plus dans ce pays ». C’est ce qu’a appuyé la députée sénégalaise Diaraye Bâ pendant les débats visant à durcir la loi homophobe du pays. Une loi adoptée à la quasi-unanimité – 135 voix pour et 3 abstentions et aucune voix contre des 138 députés votants – le 11 mars dernier, qui double les peines pour homosexualité. Une loi qui classe l’homosexualité dans la même catégorie que la zoophilie, la nécrophilie ou la pédophilie.
Un projet de loi homophobe
Le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, avait annoncé cette réforme de l’article 319 du code pénal, issu de la loi du 21 juillet 1965, qui sanctionnait jusqu’alors les « actes contre nature avec un individu de son sexe » d’un à cinq ans de prison, en février : « Toute personne qui aura commis un acte contre nature sera punie d’un emprisonnement de cinq à dix ans et d’une amande de 2 millions à 10 millions de francs. Le juge ne pourra prononcer le sursis, ni réduire l’emprisonnement au-dessous du minimum de la peine prévue à l’alinéa 1 du présent article », soit dix ans d’emprisonnement.
En outre, ce texte prévoit de sanctionner toute personne qui ferait l’apologie « la philosophie LGBT », considérée comme une ingérence étrangère occidentale, d’une peine d’emprisonnement de trois à sept ans. « Nous considérons que les valeurs LGBTQ constituent un poison culturel savamment inoculé dans notre peuple » a notamment déclaré le député sénégalais, Guy Marius Sagna, devant l’Assemblée nationale.
Dans un communiqué publié le 18 mars, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits humains a exprimé sa « préoccupation profonde » : « Nous exhortons le président Bassirou Diomaye Faye à ne pas promulguer cette loi », a déclaré Volker Türk, commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU. « Cette loi expose les individus à des crimes de haine, des abus, des arrestations arbitraires, du chantage et une discrimination généralisée dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’emploi et du logement. De surcroît, elle restreint le travail légitime des défenseurs des droits humains et des médias, ainsi que la liberté d’expression de chacun au Sénégal ».
Un climat d’homophobie déjà étouffant
Ce durcissement de la législation homophobe en vigueur intervient dans un contexte déjà préoccupant pour les personnes LGBT+ au Sénégal, où les homosexuels sont couramment appelés les « gόorjigéens », soit « hommes-femmes », en wolof.
Accusées d’actes « contre nature », plusieurs vagues d’arrestations de personnes LGBT+ avaient eu lieu depuis février, et l’homosexualité demeure fortement stigmatisée dans ce pays à majorité musulmane et socialement conservateur.
Dans ce climat délétère, des personnes fuient depuis plusieurs mois leur pays, parce qu’elles s’aiment.
Chez les personnes LGBTI+, des vies basculent
Un mouvement qui s’est encore amplifié avec l’adoption de la loi homophobe de mars 2026. L’association « Stop Homophobie » est ainsi saturée d’appel en provenance du Sénégal : « Dès qu’il y a eu l’annonce du durcissement de la loi, les gens ont été alertés, ils veulent absolument quitter le Sénégal. Ils ont peur et disent qu’ils ont l’impression de pouvoir être arrêtés à tout moment. Ils se désinscrivent des applications, ils coupent les ponts avec leurs amis de la communauté LGBT, certains ont peur d’aller chercher leur traitement contre le VIH. »
Les arrestations de personnes présumées homosexuelles se multiplient en effet dans le pays, tout comme les dénonciations publiques, les agressions et les violences à leur encontre.
Un jeune homme de 17 ans, Malick Ndiaye, artiste batteur de tam-tam, a été poignardé le 13 mars dans l’Ouest du Sénégal, après des accusations d’homosexualité. Un meurtre qui illustre tragiquement les conséquences concrète d’un climat d’homophobie décomplexée et institutionnalisée.
Punir l’amour ne protégera personne et ne résoudra aucun problème – ni au Sénégal ou ailleurs en Afrique, ni en Hongrie ou ailleurs dans le monde. Cette loi criminalise. Cette loi stigmatise. Cette loi légitime des violences. Cette loi met des vies en danger. Elle doit être dénoncée et combattue par tous les défenseurs des droits humains – à Dakar et ailleurs.
L’équipe de La République en Commun