Edito

Fortunés non imposés : pas de justice sociale sans justice fiscale

Publié le 20 février 2026
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Mes chers amis,

Il y a des mots que l’on prononce trop facilement. Des mots que l’on applaudit dans les discours mais que l’on oublie dans les décisions. La justice sociale en fait partie.

Elle ne peut pas être une formule commode, un drapeau que l’on agite selon les circonstances. Elle est un impératif. Une exigence morale. Un choix politique.

La justice sociale, c’est la possibilité, pour chaque enfant de la République, d’avoir les mêmes chances que les autres. C’est l’accès aux savoirs, aux transports, aux soins, à la culture. C’est la dignité de celles et ceux qui travaillent dur, élèvent leurs enfants, tiennent ce pays debout et demandent simplement que l’effort soit partagé.

Car la justice sociale repose sur un pilier trop souvent fragilisé : la justice fiscale.

Comment concevoir que des milliers de foyers très aisés ne paient aucun impôt sur le revenu, pendant que la majorité des Françaises et des Français s’acquitte, elle, de ses obligations fiscales avec constance ?
Carole Delga

Le consentement à l’impôt est au cœur de notre pacte républicain. Il est ce qui permet de financer notre école publique, nos hôpitaux, nos infrastructures et la solidarité nationale. Il est ce qui rend possible l’égalité réelle. Mais ce consentement ne tient que s’il est juste.

Quand une note du ministère de l’Economie nous révèle que 13.335 millionnaires ne paient aucun impôt sur le revenu, je trouve cela proprement indigne. Comment concevoir que des milliers de foyers très aisés ne paient aucun impôt sur le revenu, pendant que la majorité des Françaises et des Français s’acquitte, elle, de ses obligations fiscales avec constance ? Ce n’est pas seulement une anomalie comptable, c’est une atteinte au principe même d’égalité devant l’impôt.

Il ne s’agit pas d’opposer les Français entre eux mais de rappeler une évidence : chacun doit contribuer à hauteur de ses moyens. Nul ne devrait pouvoir organiser, en toute légalité, l’effacement de sa contribution pendant que d’autres portent l’essentiel de l’effort collectif.

Sans justice fiscale, la justice sociale devient un mirage.

Rebâtir un système d’imposition réellement progressif, lutter contre les mécanismes d’optimisation qui vident l’impôt de sa substance, réaffirmer la primauté de l’intérêt général sur les stratégies individuelles : voilà des combats nationaux qui ne peuvent plus attendre.

Parce qu’au bout du compte, la question est simple : quel modèle de société voulons-nous ?

Une société où les services publics se fragilisent, où l’on explique à celles et ceux qui n’ont déjà pas grand-chose qu’il faut encore se serrer la ceinture, pendant que d’autres échappent à l’effort commun ?

Ou une République fidèle à sa promesse d’égalité, où l’impôt est justement réparti et où chaque euro collecté sert à renforcer l’école, la santé, la transition écologique, la culture, l’avenir de nos enfants – comme nous le faisons en Occitanie ?

La justice sociale n’est pas un supplément d’âme. Elle est la condition de la cohésion nationale. Elle est ce qui permet de faire tenir ensemble une société traversée par les doutes, les fractures et les crises.

Dans le contexte que nous traversons — inflation persistante, urgence climatique, tensions internationales — la tentation est grande de renoncer, de gérer à courte vue, de céder aux logiques comptables. Je crois au contraire que c’est le moment d’un sursaut.

Un sursaut pour protéger celles et ceux qui subissent en premier les crises.

Un sursaut pour réaffirmer l’impératif de progressivité de l’impôt.

Un sursaut pour investir massivement dans ce qui émancipe : l’éducation, les transports, la santé, la culture, la transition écologique.

La justice sociale est un idéal. Mais elle ne vit que si nous la traduisons en actes. Elle ne tient que si nous la défendons avec constance. Et elle ne triomphera que si nous avons le courage de la placer au cœur de nos choix nationaux.

C’est ce combat que je continuerai de mener.

Fidèlement,

Carole Delga